Stellantis a annoncé la fermeture définitive de l’usine de Douvrin le 30 octobre prochain : une page se tourne pour un site qui, depuis 1969, a produit plus de 40 millions de moteurs et marqué l’histoire industrielle européenne. Mais au-delà du symbole, c’est la transition industrielle du groupe qui se trouve mise à l’épreuve. La vraie question n’est plus uniquement celle de l’arrêt de la production des PureTech, mais bien celle de la capacité du groupe à absorber cette transformation via la gigafactory ACC voisine, dont les retards commencent à peser lourdement sur la chaîne logistique et les livraisons.
Un site historique qui ferme ses lignes thermiques
Douvrin n’est pas n’importe quel site : né d’une joint-venture entre Peugeot et Renault, il a été l’un des fers de lance de la production motoristique française. De la 104 à la 205, du V6 PRV qui a fini sa carrière dans quelques bizarreries automobiles jusqu’aux moteurs récents comme le 1.5 BlueHDi, Douvrin a porté des générations de propulsions. Avec l’arrêt programmé de la fabrication du 1.2 PureTech (le dernier moteur qui quittera la chaîne symboliquement le 30 octobre), Stellantis boucle son chapitre de production de moteurs thermiques pour la France.
Le plan de reclassement : des dizaines de postes à replacer
Sur le plan humain, le tableau est complexe. À son apogée, Douvrin employait près de 6 000 personnes ; aujourd’hui, l’effectif s’est réduit dramatico-historiquement, ne laissant plus qu’une cinquantaine de CDI et un nombre similaire d’intérimaires sur le site. Environ 330 salariés ont déjà été redéployés vers la gigafactory ACC, mais plusieurs centaines restent à relocaliser. Le problème tient autant à la distance — les autres usines Stellantis susceptibles d’accueillir des salariés sont à plus de 70 km — qu’à la nature des compétences requises dans une usine de batteries.
ACC : la gigafactory promise qui traîne
La gigafactory ACC, montée en partenariat avec Mercedes-Benz et TotalEnergies, devait être la solution technique et sociale : absorber la main-d’œuvre et réindustrialiser le site. Cependant, le démarrage industriel d’ACC se révèle plus laborieux que prévu. Le choix technologique — des cellules NMC (nickel-manganèse-cobalt) — offre une densité énergétique attractive mais complique l’industrialisation : taux de rebut élevés, instabilité de production et besoins de maîtrise des process qui s’avèrent supérieurs aux attentes. Résultat : des cadences insuffisantes et des délais de livraison qui s’allongent.
Des conséquences commerciales immédiates
Les retards chez ACC ne sont pas un problème purement industriel ; ils se répercutent directement sur les clients. Stellantis a reconnu que la disponibilité des Peugeot e-3008 et e-5008, équipées des batteries ACC, connaît des délais de 9 à 12 mois, un ralentissement impactant lourdement les flottes professionnelles et la planification des renouvellements. Pour les entreprises qui basent leur stratégie sur des flottes électriques, ces délais constituent un frein opérationnel important.
Pourquoi la gigafactory peine-t-elle ?
Impacts sociaux et syndicaux
Les syndicats, à juste titre, mettent la pression sur Stellantis pour assurer un reclassement digne et viable. La CGT a signalé plusieurs centaines de salariés encore sans affectation et a convoqué un comité national pour le 4 septembre, évoquant même la possibilité de recours juridiques si les plans de reclassement ne se concrétisent pas. La confiance entre les partenaires sociaux et la direction est, en somme, mise à l’épreuve.
Ce que signifie la fin des moteurs thermiques produits en France
Avec Douvrin qui cesse toute production de moteurs thermiques, Stellantis n’assemblera plus de blocs à combustion sur le sol français. C’est un symbole fort de la transition énergétique, mais aussi un défi : comment préserver des filières de compétences, maintenir l’écosystème fournisseurs et assurer la reconversion des savoir-faire ? Le pari est double : industrialiser la production de batteries localement et préserver un tissu industriel viable autour des nouvelles technologies.
Que surveiller dans les mois à venir ?
Pour la région et pour la filière, Douvrin est un cas d’école : une usine qui ferme ses lignes thermiques juste au moment où l’entreprise voisine peine à démarrer une nouvelle ère industrielle. Le risque, c’est une discontinuité : compétences perdues, contrecoups sociaux et une production électrique retardée. Le défi pour Stellantis est donc majeur : faire coïncider la fin d’un cycle industriel avec le démarrage pérenne du suivant, sans laisser sur le bord de la route les salariés et les territoires concernés.

