Le test de What Car? sur 21 systèmes d’infodivertissement vient mettre un coup de projecteur sur une réalité parfois négligée : plus d’écrans ne riment pas forcément avec moins de distraction. Au terme d’épreuves mesurant le regard et le temps d’attention, une surprise s’impose : la Renault 4 E‑Tech, plutôt discrète sur le plan médiatique, remporte la palme de l’interface la moins distrayante. Pour qui, comme moi, parcourt les routes d’Occitanie et observe l’ergonomie des habitacles, ces résultats demandent qu’on s’y attarde.

Méthodologie : comment mesurer la distraction?

What Car? n’a pas fait les choses à moitié : pilotes d’essai équipés de Tobii Glasses 3 (suivi du regard, diamètre de la pupille, fréquence des clignements) et quatre tâches standardisées — changer de station radio, modifier la température, activer le siège chauffant conducteur et programmer le GPS. Ce protocole permet d’évaluer non seulement la facilité d’usage perçue, mais surtout la durée pendant laquelle le conducteur détourne le regard de la route. Les écarts sont significatifs : dans les pires cas, une opération de navigation peut exiger jusqu’à 74 secondes d’attention cumulée. Autant dire qu’on franchit largement les seuils de sécurité recommandés.

Pourquoi la Renault 4 E‑Tech s’en sort si bien?

Trois éléments expliquent la supériorité de l’OpenR Link installé sur la R4 E‑Tech :

  • Orientation de l’écran vers le conducteur : un angle pensé pour minimiser les ajustements de la tête et aligner le regard.
  • Présence de commandes physiques pour les fonctions fréquentes (climatisation) : éviter les menus revient à gagner des précieuses secondes.
  • Assistant vocal performant : la parole permet d’exécuter des tâches sans quitter la route du regard.
  • Dans la pratique, changer de station a pris 3 secondes sur la R4, contre 81 secondes sur une Genesis GV60 dépourvue de commande vocale radio efficace. La leçon est limpide : l’hybridation commande tactile/physique/voix est la meilleure réponse ergonomique.

    Le podium et ses enseignements

    Outre la Renault 4, la Mercedes GLB (système MBUX) prend la 2e place, grâce à un assistant vocal solide s’appuyant sur des plateformes puissantes. La Tesla Model Y, malgré l’absence presque totale de commandes physiques, décroche la 3e place — preuve que l’ergonomie logicielle et la logique de menus peuvent compenser en partie l’absence de boutons. Mini Cooper Electric et Volkswagen T‑Roc complètent le haut de tableau, montrant que l’intuitivité n’est pas l’apanage d’un seul constructeur.

    Les mauvais élèves : attention danger

    À l’inverse, la Honda HR‑V et la Suzuki e‑Vitara ferment la marche. Sur la HR‑V, le test révèle environ 80 secondes pour une tentative ratée d’activation du GPS par la voix : un résultat alarmant. La e‑Vitara souffre d’une lenteur notable dans les réponses de l’interface. Ces temps d’accès élevés signifient un risque accru : détourner le regard si longtemps multiplie les probabilités d’incident.

    Ce que cela implique pour la sécurité routière

  • Quelques secondes suffisent : des études montrent que détourner le regard plus de deux secondes augmente significativement le risque d’accident.
  • La voix n’est pas une panacée, mais elle aide : quand elle est efficace et fiable, elle réduit la nécessité d’interaction tactile.
  • Les commandes physiques demeurent essentielles pour les fonctions fréquentes : climatisation, volume, réglages rapides.
  • Autant dire qu’un écran géant qui monopolise la majorité des interactions sans alternatives physiques est un mauvais choix ergonomique — même si esthétiquement séduisant.

    Conseils pratiques pour les acheteurs

  • Avant d’acheter, testez les opérations courantes : programmation GPS, réglage climatique, changement radio — et chronométrez‑les si possible.
  • Privilégiez les véhicules combinant touches physiques et commandes vocales robustes.
  • Si vous conduisez souvent en conditions de faible visibilité (pluie, nuit), évitez les systèmes lents : la moindre seconde compte.
  • Conséquences pour les constructeurs

    Les constructeurs sont face à une responsabilité : intégrer la technologie sans compromettre la sécurité. L’équipement d’un grand écran doit aller de pair avec des raccourcis physiques bien pensés et un assistant vocal réellement capable de comprendre des requêtes naturelles. Les systèmes doivent aussi être rapides au démarrage et réactifs en conditions réelles. L’expérience utilisateur (UX) devient un critère de sécurité, pas seulement de confort.

    Et pour la conduite autonome partielle ?

    Même avec des assistants de conduite avancés, l’attention du conducteur reste centrale aujourd’hui. Un système infodivertissement trop vampirisant l’attention peut réduire la capacité du conducteur à reprendre le contrôle en cas de besoin. Les interfaces doivent donc être conçues pour maintenir l’utilisateur informé sans l’absorber.

    Mon point de vue d’Occitanie

    En roulant sur les petites départementales et les routes sinueuses des Corbières, on sent bien combien chaque instant compte. Un menu trop profond, un écran lent, c’est autant d’attention volée à la trajectoire. Je conseille toujours, lors d’un essai, de réaliser ces quatre opérations basiques. Si le constructeur clame l’innovation, c’est souvent sur le papier ; sur le terrain, ce sont des boutons bien placés et une voix qui comprend qui font la différence.

    Au final, si vous placez la sécurité au cœur de votre choix, regardez moins la taille de l’écran que la logique d’utilisation : boutons, ergonomie, réactivité et reconnaissance vocale. Ce sont ces éléments qui détermineront si votre habitacle est un allié ou une source de risque sur la route.