Stellantis pointé du doigt : l’État met Tavares et les objectifs européens sous le feu des critiques

La controverse autour de la réorientation stratégique de Stellantis prend une nouvelle tournure politique. À la Chambre des députés italienne, le ministre des Entreprises et du Made in Italy, Adolfo Urso, n’a pas mâché ses mots : selon lui, la crise financière du groupe — accusé d’avoir enregistré des pertes massives — trouve son origine dans la stratégie d’électrification imposée ces dernières années, et directement liée aux choix de l’ancienne direction sous Carlos Tavares. L’intervention marque un alignement notable entre le gouvernement italien et Stellantis, sur la nécessité de revoir certains objectifs européens relatifs à la fin des moteurs thermiques.

Une correction jugée insuffisante

Récemment, Stellantis a annoncé une « reimpostazione del business » qui inclut une réduction des objectifs de ventes zéro émission, passant un palier de 100 % à 90 % pour certaines échéances. Mais pour le ministre Urso, ce geste n’est pas suffisant. Interrogé par les forces politiques de l’opposition, il a fermement plaidé pour un recul plus large des décisions prises par l’Union européenne — notamment la date de 2035 qui prévoit l’abandon progressif des véhicules essence/diesel. Selon lui, l’Europe doit opérer une « retromarcia completa » afin de ne pas imposer une transition trop abrupte à des industriels qui subissent déjà des turbulences.

Neutralité technologique : le mot d’ordre

La ligne de défense du gouvernement italien est claire : promouvoir la « neutralité technologique ». Concrètement, cela signifie reconnaître l’importance des solutions hybrides, des moteurs thermiques avancés et d’autres alternatives (comme les carburants synthétiques) au lieu d’imposer un passage exclusif à l’électrique. Urso a insisté sur la nécessité de flexibilité — notamment pour les flottes professionnelles et les véhicules lourds — et sur le soutien au made in Europe.

Conséquences industrielles et sociales

Si on se place du point de vue d’un entrepreneur ou d’un artisan en Occitanie, la position italienne soulève des enjeux concrets : entre la pression réglementaire pour accélérer l’électrification et la réalité des infrastructures et des usages locaux, il existe un fossé que beaucoup craignent de voir se creuser. Les arguments avancés par Stellantis et repris par Urso mettent en lumière des préoccupations réelles :

  • coûts de transition pour les industriels et la chaîne de fournisseurs ;
  • adaptation des lignes de production et risques de réorganisation sociale ;
  • disponibilité des infrastructures de recharge et impact sur les flottes professionnelles ;
  • préférences d’achat des clients, souvent orientées vers un compromis hybride.
  • La parole du CEO actuel et la réorientation stratégique

    Antonio Filosa, actuel CEO, a quant à lui commencé à redéfinir des priorités opérationnelles, évoquant un réalignement entre les marchés américain et européen. Le message est ténu : il n’est pas question d’abandonner l’électrique, mais de repenser la manière et le tempo de sa généralisation. Le groupe appelle à une feuille de route plus nuancée, tenant compte des différents segments de marché et des besoins locaux.

    Risque politique et calendrier à venir

    Le débat est appelé à monter en puissance dans les mois qui viennent, avec plusieurs dates clés à surveiller. Le 21 mai est avancé comme le jour de la présentation du nouveau plan industriel de Stellantis — une étape attendue qui devrait clarifier la feuille de route technique et commerciale du groupe. Parallèlement, le sommet européen sur la compétitivité à Bruxelles sera scruté : Urso espère que Rome y recueillera des soutiens pour promouvoir une position plus flexible à l’échelle communautaire.

    Impacts pour les conducteurs et les petites entreprises

  • Pour les artisans et PME : la préférence pour des motorisations hybrides ou thermiques modernisées laisse une fenêtre de solidarité pour ceux qui ne peuvent pas migrer immédiatement vers l’électrique.
  • Pour les concessionnaires : la demande pourrait se polariser, et la stratégie commerciale devra intégrer des offres multienergies pour répondre à une clientèle variée.
  • Pour les collectivités locales : la nécessité d’adapter les infrastructures (bornes, maintenance) demeure critique si l’électrique doit s’imposer réellement.
  • Équilibre entre transition écologique et viabilité industrielle

    Le cœur du débat est un équilibre délicat entre objectifs environnementaux ambitieux et viabilité industrielle. Les partisans d’une accélération nette rappellent l’urgence climatique et la nécessité de réduire les émissions du secteur transport. Les opposants — comme certains au sein du gouvernement italien — soulignent la nécessité d’accommoder une transition progressive, moins disruptive pour l’emploi et l’économie locale.

    Scénarios possibles

  • Maintien du calendrier européen avec des ajustements ciblés pour flottes et véhicules lourds.
  • Adoption d’une approche différenciée par pays, laissant une marge de manœuvre aux États pour gérer la transition selon leurs spécificités industrielles.
  • Révision plus significative des objectifs européens si un consensus politique se forme autour de la « neutralité technologique ».
  • Que retenir pour l’Occitanie ?

    En tant que pilote régulier de routes rurales et urbaines, je vois bien l’importance d’un dialogue réaliste entre l’État, les constructeurs et les usagers. Qu’il s’agisse d’un artisan qui a besoin d’un véhicule fiable pour son activité ou d’un particulier qui réfléchit à son prochain achat, la diversité des solutions techniques (hybride, électrique, thermiques avancés) reste essentielle. La question centrale est de savoir comment concilier ambition environnementale et préservation d’un tissu industriel et social robuste.

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