L’autoradio disparaît‑elle vraiment des voitures modernes ? Éclairage depuis l’Occitanie
Il y a quelques mois l’AGCOM tirait la sonnette d’alarme, et aujourd’hui Confindustria Radio TV relance le débat : l’autoradio en tant que dispositif intégré semblerait se raréfier sur certains modèles récents. Sur le papier, ça fait peur — perte d’accès immédiat à l’information, risques en cas d’alerte, appauvrissement d’une fonctionnalité gratuite et fiable. Sur la route, de Toulouse à Nîmes en passant par Carcassonne, je vois surtout une réalité moins dramatique mais riche d’enseignements pour les conducteurs et les pouvoirs publics.
Qu’est‑ce qui change réellement ?
Certains véhicules d’entrée de gamme sont livrés sans écran central ni récepteur AM/FM/DAB intégré, et se contentent d’un simple support smartphone et d’un kit Bluetooth pour l’audio.
Les systèmes d’infotainment évoluent vers des écosystèmes fermés et basés sur l’IP, favorisant les connexions via smartphone plutôt que la réception radio traditionnelle.
Confindustria et AGCOM craignent que cette évolution réduise l’accès universel gratuit à l’information (radios locales et nationales), surtout en cas d’alerte civile.
Faut‑il crier à l’extinction ? Non, mais…
En observant les gammes sur le marché français et italien, il apparaît que les modèles sans autoradio intégré représentent une faible part des configurations proposées. Ce sont surtout des versions « populaires », vendues à moindre coût — Dacia, certaines finitions de Fiat Panda ou Citroën C3 en sont des exemples. On parle donc d’allègements d’équipements pour réduire le prix d’achat, pas d’un boycott total de la radio par les constructeurs.
Autre point à rappeler : l’usage du smartphone comme centre multimédia s’est imposé. Nombre d’automobilistes utilisent Apple CarPlay ou Android Auto, écoutent la radio via applications ou flux en streaming, et reçoivent des alertes via les services d’alerte mobile. Pour beaucoup, la disparition de la radio intégrée n’est donc pas immédiatement synonyme de perte d’accès à l’information.
Les arguments en faveur du maintien de l’autoradio intégré
Continuité et universalité : la radio FM/DAB reste un service gratuit, accessible même sans couverture mobile élevée.
Sécurité et résilience : en cas de saturation du réseau ou de panne mobile, la radio peut continuer à diffuser alertes et consignes d’évacuation.
Inclusivité : tout le monde n’a pas de smartphone compatible ou d’abonnement data ; la radio intégrée garantit l’accès à l’information pour tous.
Les contre‑arguments pragmatiques des constructeurs (et des acheteurs)
Coût : supprimer l’écran et le récepteur permet de proposer des prix plus attractifs, essentiel pour certains ménages face à une inflation persistante.
Simplicité : pour un usage urbain basique, un support smartphone et le Bluetooth suffisent souvent.
Personnalisation : les acheteurs peuvent choisir des versions mieux équipées s’ils souhaitent un écran et la réception DAB/FM intégrés.
Que dit la réglementation ?
Il n’existe pas aujourd’hui d’obligation d’installer un récepteur radio sur tous les véhicules. En revanche, si un véhicule est équipé d’un autoradio, la législation européenne impose depuis 2020 la compatibilité avec le DAB+ (Digital Audio Broadcasting plus) — une exigence qui vise à assurer la qualité et la continuité du service radio. AGCOM et Confindustria demandent maintenant d’aller plus loin : rendre la radio intégrée systématique afin de préserver l’accès universel à l’information embarquée.
Aspects pratiques pour le conducteur occitan
Si vous utilisez la voiture principalement en ville (Toulouse, Montpellier), le smartphone et le streaming suffisent souvent ; la couverture mobile est généralement correcte.
Pour les trajets en zones rurales (Causses, Monts de Lacaune), la réception FM/DAB peut rester plus fiable que la 4G lorsque l’on s’éloigne des axes. Dans ces cas, un autoradio intégré reste un vrai plus.
Si vous cherchez à économiser à l’achat, vérifier les options : l’écran et le pack multimédia sont souvent disponibles en surcoût raisonnable, et peuvent être jugés indispensables selon vos usages.
Que peuvent faire les pouvoirs publics et les constructeurs ?
Politique d’équilibre : envisager des obligations techniques minimales (récepteur radio) uniquement si elles sont économiquement viables pour les versions d’entrée de gamme.
Interopérabilité : pousser pour des systèmes ouverts permettant la réception radio native via le véhicule tout en conservant les capacités IP et smartphone.
Communication : mieux informer l’acheteur lors de l’achat sur les conséquences pratiques d’un véhicule sans autoradio intégré (écoute, alertes, sécurité).
Recommandations pour l’acheteur
Avant l’achat, réfléchissez à vos trajets : beaucoup de petits trajets urbains ou des longues traversées rurales ? Le besoin n’est pas le même.
Si vous optez pour une finition sans écran, testez la qualité Bluetooth et la compatibilité CarPlay/Android Auto ; vérifiez aussi si le véhicule capte correctement la FM/DAB via le smartphone en zone faible.
Pour une voiture familiale ou de voyage, considérez au moins l’option écran central : l’investissement se justifie vite pour le confort et la sécurité.
La disparition pure et simple de l’autoradio intégré est pour l’heure une alarme partielle : elle touche surtout des finitions économiques et répond à une logique de maîtrise des coûts. Le débat lancé par AGCOM et Confindustria est utile : il remet au centre la question de l’accès universel à l’information à bord. Mais du point de vue du conducteur, le choix reste aujourd’hui largement adaptable — à condition d’être bien informé au moment de l’achat.