Totem GT Super n°32 « Litorale Brado » : quand le restomod devient supersportive
À Monterey, parmi les hypercars et les classics, la Totem GT Super n°32 a su imposer son aura. À première vue, on croit voir une élégante Alfa Romeo Giulia GT Bertone ; à y regarder de plus près, tout indique qu’il ne s’agit pas d’un simple restomod mais bien d’une voiture conçue quasiment de zéro, habillée d’un style rétro. Ici, l’esprit « restomod » bascule vers la création d’une nouvelle supersportive, avec une monocoque carbone, une caisse tout carbone et un groupe propulseur moderne : un cocktail qui interpelle les puristes comme les passionnés de technologie automobile.
Châssis et structure : plus moderne que restauré
La GT Super repose sur une monocoque en fibre de carbone développée par Totem. Ce choix structurel déplace complètement la philosophie : au lieu de réutiliser et renforcer un châssis d’origine, Totem conçoit une plateforme contemporaine, optimisée pour la rigidité, la sécurité et les trains roulants adaptés à une puissance élevée. La carrosserie, également en carbone, reprend les lignes iconiques de la Giulia GT Bertone, mais la parenté n’est que visuelle. Ce parti pris confère à l’auto un comportement routier et dynamique bien plus proche d’une GT moderne que d’une réplique historique.
Motorisation et transmission : un V6 biturbo survitaminé
Sous le capot arrière se niche un V6 2,8 litres biturbo de fabrication Italtecnica, développant 640 ch et 655 Nm de couple. Ces chiffres placent la Totem dans la catégorie des sportives exigeantes. Fait notable : la transmission est assurée par une boîte mécanique à six rapports en configuration transaxle, une solution qui séduit les puristes en offrant une répartition des masses favorable et une sensation de conduite très engageante. L’association d’un V6 hautement revu et d’une boîte manuelle transaxle est un choix technique assumé, orienté vers le plaisir de conduite et la fidélité aux sensations analogues aux GT sportives d’antan, mais avec des performances contemporaines.
Perception et finition : l’artisanat au service du sur‑mesure
La Totem n°32, baptisée « Litorale Brado », a été réalisée en collaboration rapprochée avec son propriétaire californien, ce qui explique certains détails très personnalisés. La teinte « Big Sur Green » et les éléments « gunmetal » satinés donnent une allure sobre et sophistiquée. À l’intérieur, on trouve des éléments artisanaux poussés : volant en bois (wengé et érable) conçu pour rappeler le goût du propriétaire, leviers en carbone et titane fabriqués en interne, et une console de toit inspirée de l’aéronautique pour regrouper des interrupteurs spécifiques. Ces choix témoignent d’une approche presque d’atelier d’artisanat de haute précision, où chaque pièce est pensée et réalisée pour un exemplaire précis.
Positionnement produit : plus proche d’une voiture neuve que d’un classique restauré
La Totem GT Super n’est pas un simple ravalement esthétique : elle est une réinterprétation totale. On se trouve face à un véhicule neuf dans l’âme, portant une silhouette d’époque. Cela pose la question du positionnement sur le marché : pour un prix d’entrée annoncé autour de 539 000 € hors taxes, on s’achemine davantage vers l’univers de la supercar artisanale que vers celui du collectionneur traditionnel qui veut « restaurer » une ancienne. Le client type ici recherche à la fois l’émotion rétro et l’agrément d’une voiture moderne, sans compromis sur les performances ou le comportement.
Technique et ergonomie : des choix à double tranchant
Les choix techniques (monocoque carbone, motorisation 640 ch, boîte manuelle transaxle) offrent des avantages évidents : modularité, possibilité d’optimisation des suspensions, sécurité passive et performance. Mais ils imposent aussi des contraintes. L’entretien d’un châssis carbone, la disponibilité des pièces sur une petite série et la valeur de revente peuvent être des sujets de préoccupation pour certains acquéreurs. De plus, l’intégration d’éléments artisanaux (volant bois, commandes sur la console de toit) peut faire débat chez ceux qui préfèrent des standards industriels et une homogénéité des équipements.
Le restomod revisité : vers une nouvelle catégorie ?
Totem illustre une évolution du mouvement restomod : plutôt que d’améliorer une voiture historique pour la rendre moderne, certains artisans créent désormais des voitures neuves séduisantes, inspirées de modèles mythiques. Le résultat est hybride — esthétique classique, technologie moderne — et soulève une discussion intéressante sur l’essence même du restomod. Est‑ce encore du « restauré » quand 99 % de la voiture a été repensée ? Ou bien sommes‑nous face à une nouvelle catégorie : la néo‑GT artisanale ?
Usage et personnalité : qui achètera une Totem ?
Prix et marché : un positionnement de niche
Avec un tarif de départ proche de 539 000 € HT, la Totem GT Super se situe dans une fourchette où rivalisent certains restomods haut de gamme et des sportives artisanales. Les nombreuses personnalisations possibles (peinture, intérieurs, finitions) laissent supposer que des exemplaires comme la « Litorale Brado » atteindront des valeurs substantielles au‑delà du prix catalogue. Pour le marché, cela confirme la tendance où l’exclusivité, l’artisanat et la technologie justifient une tarification très élevée.
Sur nos routes d’Occitanie, une Totem GT Super serait assurément un phénomène : une silhouette qui attire les regards, des performances qui parlent aux connaisseurs et un raffinement artisanal qui plaît aux amateurs de belles mécaniques. Ce projet montre que la frontière entre passé et futur s’estompe quand le travail d’ingénierie et d’artisanat se conjuguent pour créer autre chose qu’un simple objet nostalgique.

