Une Giulietta compacte, née pour le quotidien urbain, qui se retrouve catapultée à 330 CV sur les circuits d’Occitanie : le projet signé DB ECU Service n’est pas une simple préparation de salon. C’est une transformation radicale, chirurgicale, qui réinvente de fond en comble une citadine italienne pour en faire une arme de piste redoutable. Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette Alfa Romeo Giulietta GTAm qui fait déjà vibrer les paddocks.

Alfa Romeo Giulietta GTAm : genèse d’un projet extrême

Tout part d’un constat simple : la Giulietta, même dans sa déclinaison Quadrifoglio Verde à 240 CV, n’a jamais vraiment déchaîné les passions au niveau des grands noms du Biscione. DB ECU Service, atelier spécialisé basé en Occitanie, a décidé de changer la donne. L’objectif ? Rendre hommage à la légendaire Giulia GTAm des années 1970, voiture de compétition iconique d’Alfa Romeo, en transposant son esprit combatif dans un châssis moderne.

Le résultat : une Giulietta GTAm strictement réservée au circuit, sans compromis avec la route, pensée pour les chronos serrés et les freinages tardifs. Un projet qui mêle ingénierie italienne, savoir-faire artisanal et passion automobile dans ce qu’elle a de plus pur.

Une carrosserie en fibre de carbone qui sculpte l’aérodynamique

Le premier choc, c’est visuel. La silhouette de la Giulietta GTAm ne ressemble plus du tout à celle qui sort des chaînes d’Alfa Romeo. Chaque élément de carrosserie a été revu, retiré ou remplacé par de la fibre de carbone :

  • Capot allégé redessiné pour améliorer l’extraction de chaleur moteur
  • Bouclier avant profilé avec entrées d’air élargies pour optimiser le refroidissement
  • Jupes latérales rasantes pour minimiser la portance
  • Aileron arrière réglable générant un appui significatif à haute vitesse
  • Diffuseur arrière structuré pour accélérer le flux d’air sous la voiture

Ce travail de carrosserie permet d’alléger la Giulietta de plusieurs dizaines de kilos par rapport à la version de série. Les jantes forgées à finition dorée — un clin d’œil esthétique aux livrées de compétition Alfa des années 70 — encadrent des disques Brembo de 330 mm, dimensionnés pour absorber les décélérations violentes que la puissance du moteur rend inévitables.

Un habitacle de cockpit, dépouillé jusqu’à l’os

L’intérieur de la Giulietta GTAm n’a plus rien d’une voiture de tourisme. Tout ce qui n’est pas utile au pilote a été évacué, chaque gramme inutile traqué et supprimé.

  • Panneaux de portes et console centrale remplacés par des coques en fibre de carbone
  • Sièges arrière supprimés au profit d’un arceau de sécurité homologué intégré à la structure
  • Sièges baquet à maintien latéral renforcé avec harnais multipoints pour le pilote et le copilote
  • Triple manomètre additionnel pour surveiller en temps réel la pression d’huile, la température du liquide de refroidissement et la pression de suralimentation
  • Levier de vitesses court et coloré, taillé pour des passages de rapports rapides et précis

L’ensemble de ces modifications transforme l’habitacle en véritable cockpit de compétition, où la hiérarchie des informations est pensée pour que le pilote garde les yeux sur la piste, pas sur un écran tactile.

Le moteur 1.4 TJet porté à 330 CV : la prouesse technique

C’est là que réside le cœur battant de ce projet. Le bloc 1.4 TJet d’origine, conçu pour délivrer environ 120 CV en série, a subi une transformation complète entre les mains des ingénieurs de DB ECU Service. Le chiffre final — 330 CV et 404 Nm de couple — représente pratiquement le triple de la puissance initiale.

Les modifications mécaniques clés du bloc moteur

  • Pistons et vilebrequin renforcés pour encaisser une pression de suralimentation supérieure de plus de 50 % à la configuration d’origine
  • Volant moteur allégé pour une montée en régime plus franche et des reprises instantanées
  • Turbocompresseur Garrett grand diamètre en remplacement de la turbine d’origine, principal responsable du bond de puissance
  • Système de refroidissement entièrement retravaillé : radiateur surdimensionné, échangeur air-air optimisé pour maintenir des températures stables en usage intensif
  • Cartographie moteur sur mesure : gestion électronique recalibrée pour ajuster en continu l’injection, l’avance à l’allumage et la pression turbo selon les capteurs

Avec cette préparation, la Giulietta GTAm est capable de rivaliser sur piste avec des machines bien plus grosses cylindrées, tout en conservant la légèreté et l’agilité inhérentes à une compacte de segment C.

Châssis et freinage : la puissance maîtrisée

Tripler la puissance d’un moteur sans retravailler l’ensemble dynamique serait suicidaire. DB ECU Service l’a bien compris : le châssis de la Giulietta GTAm a reçu autant d’attention que son bloc.

Suspensions et direction

  • Suspensions réglables renforcées avec amortisseurs pilotables, permettant d’ajuster la hauteur de caisse et la raideur selon le circuit
  • Biellettes de direction en acier forgé pour une réponse directe et sans flou au volant
  • Barres anti-roulis calibrées pour limiter le transfert de masse en virage et maintenir la voiture à plat

Le système de freinage

  • Durites de frein aval en inox tressé pour supprimer toute compressibilité à chaud
  • Maître-cylindre plus grand pour augmenter la pression hydraulique
  • Plaquettes carbone-métal offrant une mordacité maximale dès la première sollicitation et une résistance au fading remarquable
  • Disques Brembo de 330 mm, déjà évoqués, qui complètent un dispositif pensé pour des freinages tardifs et répétés

Ces évolutions permettent à la GTAm de rester parfaitement stable à haute vitesse et d’engager des zones de freinage que les voitures de série ne peuvent simplement pas atteindre.

Fiabilité, homologation et limites à connaître

Un projet aussi radical ne peut s’envisager sans aborder ses zones d’ombre. Plusieurs points méritent l’attention de tout futur pilote ou acquéreur :

  • Fiabilité à l’usage intensif : un moteur dont la suralimentation est portée au triple de sa valeur d’origine demande un suivi rigoureux, des huiles de haute qualité et des vidanges fréquentes pour préserver la longévité des pièces internes
  • Sécurité passive : si l’arceau est présent, la documentation sur les renforts structurels liés à l’accueil du couple supplémentaire reste à éclaircir — un point à auditer avant toute session engagée
  • Homologation strictement piste : la Giulietta GTAm ne peut en aucun cas circuler sur la voie publique ; un retour à un usage routier implique des démarches administratives complexes et des modifications supplémentaires

Ces éléments ne remettent pas en cause la qualité du projet, mais ils soulignent l’importance d’une préparation sérieuse et d’un entretien méticuleux pour profiter durablement de la bête.

Un hommage vivant à l’ADN sportif d’Alfa Romeo

Au-delà des chiffres et des pièces échangées, la Giulietta GTAm est avant tout une déclaration d’amour à la tradition sportive d’Alfa Romeo. Elle emprunte le badge et l’esprit combatif de la Giulia GTAm de compétition, crée un pont esthétique et émotionnel entre les années 1970 et l’époque contemporaine, et rappelle que le Biscione a toujours su produire des machines qui font battre le cœur plus vite.

Dans les paddocks occitans comme sur les réseaux spécialisés, la réaction est unanime : qu’on l’admire ou qu’on la questionne, cette Giulietta GTAm ne laisse personne indifférent. Elle incarne ce que le tuning peut produire de plus audacieux quand il est guidé par une véritable culture automobile — et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.