La BMW M635 CSi (E24) n’est pas seulement une voiture : c’est le parfait exemple d’une GT des années 80 qui conjugue noblesse mécanique et tempérament sportif discret. En Occitanie, où je parcours routes et cols à la recherche de sensations et de mécaniques chargées d’histoire, cette BMW m’évoque immédiatement des autoroutes dégagées, des virages larges et des kilomètres avalés sans concession. Revenons sur ce coupé qui, en 1983, a reçu le moteur de la M1 et s’est imposé comme l’une des grandes GT de son époque.
Genèse et positionnement dans la gamme
La série 6 E24 débarque en 1976 comme la digne héritière des grandes coupés BMW des années 70. Dessin signé Paul Bracq, profil à « museau de requin », surfaces vitrées généreuses et absence de montant central : la ligne est immédiatement identifiable. À l’époque, la gamme repose sur des six cylindres en ligne de la famille M30, réputés pour leur douceur de fonctionnement et leur sonorité. La M635 CSi, présentée en 1983, pousse le concept plus loin : BMW Motorsport installe le bloc M88/3 issu de la M1, offrant une mécanique née en compétition au service d’une GT civile.
Le moteur M88/3 : un cœur de sportive dans une voiture de voyage
Le M88/3 est un six cylindres en ligne de 3,5 litres à quatre soupapes par cylindre. Sur la M635 CSi il développe 286 ch à 6 500 tr/min et un couple de 340 Nm. Concrètement, cela se traduit par un 0 à 100 km/h en 6,4 s et une pointe à 255 km/h, des chiffres sobres mais très respectables pour l’époque et pour une voiture à quatre places.
Ce moteur change la donne : il apporte une plage d’utilisation plus large, une montée en régime plus franche et une capacité à tenir de longues allures sur autoroute sans broncher. Le résultat est une GT qui sait à la fois voyager confortablement et se montrer vive quand la route se tortille.
Châssis et tenue de route : la M au service de la GT
BMW n’a pas limité son action au seul moteur. La M635 CSi reçoit des modifications de train roulants : barre anti-roulis renforcée, amortisseurs mieux calibrés et freins majorés avec étriers avant 4 pistons. Ces éléments transformant la série 6 : elle gagne en précision, en réponse au volant et en capacité à enchaîner des courbes sans perte d’assiette.
Conduire une E24 M635 revient à manier une GT à l’ancienne : on sent la masse, mais la direction est communicative et la suspension suffisamment ferme pour tenir la route tout en restant confortable sur longs trajets. Ce compromis est exactement ce que l’on attend d’une Gran Turismo.
Intérieur et ergonomie : GT pratique et orientée plaisir
À l’intérieur, l’esprit M s’exprime par des sièges sport, un volant trois branches « M Technik » et une instrumentation spécifique avec un compte-tours gradué jusqu’à 8 000 tr/min. L’ergonomie reste proche de celle des BMW de l’époque : instruments lisibles, position de conduite volontairement basse, et une planche de bord solide. Pour un long trajet en Occitanie, on apprécie le grand coffre et l’habitabilité arrière correcte pour deux passagers.
Conduite : sensations et caractère
Sur la route, le M88/3 se distingue par son caractère. Le son est plein, rond à bas régime et vibrant quand on monte dans les tours. Le moteur dispense un couple généreux dès les régimes intermédiaires, ce qui rend la conduite relaxante en usage courant : beaucoup de reprises sans toucher forcément au levier de vitesses. Mais dès que l’on sollicite la mécanique, la voiture répond avec vivacité et régularité.
Le levier de vitesses offre un « clack » mécanique très agréable ; les passages de rapports sont francs, très mécaniques, rappelant qu’on est sur une automobile dont la mécanique a été pensée pour être sollicitée. La M635 est donc une GT vivante, qui récompense le pilote qui sait construire ses accélérations.
Consommation et usage au quotidien
Évidemment, cette mécanique n’est pas née pour économiser le carburant : la consommation reste élevée, notamment en conduite dynamique. C’est le prix à payer pour ces performances et cette sonorité. En usage quotidien, il faudra accepter des visites plus fréquentes à la pompe et une attention particulière à l’entretien — distribution, carburateurs/injection et pompe à huile demandent un suivi régulier.
Production et cote : rareté et aura
La E24 a été produite entre 1976 et 1989, avec environ 86 216 exemplaires toutes versions confondues. La M635 CSi apparaît comme la plus rare : 5 855 units produites, dont 1 767 exportées vers les États-Unis sous la désignation M6 et avec une puissance réduite à 260 ch en raison des catalyseurs. À l’époque son prix était élevé — bien supérieur à une Porsche 911 — et aujourd’hui elle est devenue une classique recherchée par les collectionneurs.
Entretien et points de vigilance pour les propriétaires
Posséder une M635 demande un minimum d’engagement :
Avec un entretien soigneux, la voiture reste robuste et fiable ; mal entretenue, elle peut coûter cher en réparation. Mais c’est le lot de toutes les machines de caractère.
Pourquoi la M635 CSi reste si attachante ?
La M635 incarne un équilibre rare : la mécanique d’une sportive (M1) intégrée dans le châssis d’une GT familiale. Elle offre ainsi polyvalence, beauté et caractère. Pour qui parcourt les routes sinueuses de notre région, c’est une voiture qui procure autant de plaisir sur la route que d’émotion lorsqu’on écoute son six cylindres chanter en montée.

