La 166 « Bella » de Bertone : quand l’Alfa Romeo classique se rêve coupé GT

En 1999, Bertone imagine une 166 Coupé à partir de l’architecture de la berline Alfa Romeo 166. Le prototype, sobrement baptisé « Bella », n’est pas une simple étude de style : il incarne une proposition cohérente visant à transformer l’accessoire design en une possible grand-tourisme italienne. Restauré et remis en circulation en 2024, cet unique exemplaire révèle une synthèse intéressante entre proportions classiques, solutions aérodynamiques et finitions intérieures soignées.

Un design qui part du blason

La « Bella » construit sa carrosserie autour du scudetto Alfa Romeo, qui devient le point de départ des surfaces. Le traitement est net : lignes tendues, flancs sculptés et un pare-brise qui se fond presque sans rupture dans les vitrages latéraux, évoquant l’esprit cockpit propre aux voitures sportives italiennes d’antan. Les optiques avant, d’une grande finesse, utilisent la technologie LED — une audace pour la fin des années 90 — qui participe à l’effet de tension visuelle et à l’efficience aérodynamique.

Proportions et architecture : 2+2 réaliste

Contrairement aux concept-cars fantasques, la « Bella » conserve des dimensions proches de la 166 d’origine, mais compresse la longueur pour proposer une silhouette plus compacte, une coda tronquée et un habitacle reculé. Le résultat est un coupé 2+2 aux allures de vrai grand-tourisme plutôt que d’un simple show-car. Cette approche pragmatique se senst dans le choix technique : châssis et implantation mécanique restent fidèles à la 166, renforçant l’idée d’un projet « potentiellement producible ».

Mécanique : une vocation réaliste

Initialement pensée pour recevoir le V6 Busso de 225 ch, la « Bella » présentée et roulante est équipée d’un 4 cylindres Twin Spark 2.0. Le choix du moteur visible sur l’exemplaire unique souligne l’intention de garder le concept proche du réel : traction avant, implantation classique, et une mécanique qui assure fiabilité et facilité d’entretien. Ce parti-pris, loin d’être un recul, renforce le caractère pragmatique du prototype et sa cohérence technique avec la plateforme 166.

Intérieurs : luxe fonctionnel et modularité

L’habitacle reprend la base de la 166 mais la transcende par des matériaux plus raffinés et des solutions astucieuses. Dominante de cuir rouge, partie supérieure de la planche de bord en tissu technique pour limiter le surchauffement, et une ergonomie pensée pour le confort et la sportivité. Les places arrière 2+2 constituent un point fort : elles sont réellement utilisables, mais surtout reconfigurables pour augmenter la capacité de charge. Possibilité de rabattre ou de dissimuler les sièges arrière pour transporter des objets volumineux — une idée pratique qui montre que le prototype vise aussi l’usage quotidien.

Aérodynamique et détails fonctionnels

La carrosserie de la « Bella » intègre des choix formels aux accents aérodynamiques : volumes arrière compacts, portes enveloppantes intégrant une partie du toit et une continuité des surfaces pour réduire les tourbillons. Ces intuitions stylées sont plus que cosmétiques : elles servent la stabilité à haute vitesse et la cohérence visuelle d’un coupé GT contemporain, tout en rendant hommage au savoir-faire italien en matière de proportions et d’équilibre visuel.

Restauration et retour sur route

L’unique exemplaire restauré en 2024 par un atelier spécialisé dans la province de Varese témoigne de la valeur patrimoniale du prototype. Le travail de remise en état — mécanique, carrosserie, intérieurs — a permis de redonner vie à une proposition qui, restée longtemps au statut d’exercice, retrouve sa place sur la route. Ce retour à la circulation souligne l’intérêt des collectionneurs et des passionnés pour ces créations uniques, qui mêlent histoire industrielle et ambitions esthétiques.

Ce que la « Bella » nous apprend aujourd’hui

Plus qu’un simple exercice de style, la « Bella » illustre une démarche cohérente : imaginer une version coupé d’une berline haut de gamme sans sacrifier la réalité technique. Les enseignements sont nombreux pour les designers et ingénieurs actuels :

  • La recherche d’un équilibre entre audace stylistique et réalisme industriel permet de projeter des concepts vers la production.
  • La modularité intérieure (sièges 2+2 reconfigurables) montre que le luxe peut rimer avec utilité et polyvalence.
  • L’intégration de technologies pionnières (LED à l’avant) souligne l’importance d’anticiper les évolutions techniques pour marquer une époque.
  • Une icône potentielle pour Alfa Romeo

    Si la « Bella » n’a jamais été produite, elle reste un témoignage précieux d’une collaboration entre Alfa Romeo et la carrosserie torinese, où le goût de la proportion et la recherche de solutions fonctionnelles se rencontrent. Pour Alfa Romeo, cette étude aurait pu devenir une alternative séduisante sur le marché des coupés GT italiens, alliant charisme visuel et berline mécanique éprouvée.

    À retenir pour l’amateur curieux

  • La « Bella » est un exemple de projet réalisable : design, mécanique et ergonomie forment un tout cohérent.
  • La restauration de l’unique exemplaire rappelle l’importance du patrimoine conceptuel chez les constructeurs.
  • Pour les passionnés, c’est une leçon sur la manière dont le passé peut inspirer des solutions contemporaines, entre élégance et pragmatisme.
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