La « Model Y » avant Tesla : la Fiat 600 Pininfarina Berlinetta « Y » remise en lumière
On connaît tous la Fiat 600, petite citadine emblématique de l’Italie d’après-guerre. Moins connus sont les essais de style et d’aérodynamique qui ont transformé cette simple mécanique en véritables laboratoires roulants. Parmi eux, la Berlinetta aérodynamique Fiat 600 D modèle « Y » signée Pininfarina — une pièce unique présentée au Salon de Turin et aujourd’hui proposée aux enchères — attire toutes les attentions. Si Tesla a popularisé le nom « Model Y » pour son SUV compact, Pininfarina et le professeur Alberto Morelli avaient déjà imaginé, en 1961, une interprétation futuriste de la 600 avec une ambition claire : améliorer drastiquement le coefficient de pénétration dans l’air.
Genèse et contexte technique
Le père de cette « Y » est le professeur Alberto Morelli, chercheur en aérodynamique au Politecnico de Turin. Après des expériences antérieures — la M100 en 1956 puis la Pininfarina « X » en 1960 — Morelli dessine en 1961 une carène totalement repensée pour la Fiat 600 D. L’objectif n’était pas de produire en série, mais de tester des concepts : suppression des éléments saillants, intégration fluide du pare-brise, et un ensemble arrière très étiré pour réduire les tourbillons et la traînée.
Design : une silhouette avant-gardiste
La Berlinetta « Y » est un exercice de style extrême pour l’époque. Le nez est parfaitement lissé, sans calandre traditionnelle, et raccordé au pare-brise qui poursuit sa courbe jusqu’au toit, formant un volume continu jusqu’à la poupe allongée. Les trois projecteurs avant sont carénés sous un dôme en plexiglas, donnant une impression d’avion plutôt que d’automobile. Les pare-chocs cèdent la place à des rostrums arrondis et les poignées de porte sont affleurantes — autant de détails visant à minimiser les perturbations aérodynamiques.
Performance aérodynamique : un Cx étonnant
Le résultat mesure son importance : un coefficient de traînée (Cx) évalué à 0,27. Pour se rendre compte de la portée de cette valeur, il faut rappeler que la plupart des voitures de série de l’époque affichaient des Cx autour de 0,40 à 0,45. Ce niveau d’aérodynamisme ne sera dépassé par une voiture de production qu’en 2009 avec certaines berlines modernes. Concrètement, une traînée moindre signifie moins de résistance à l’air, donc une meilleure efficacité énergétique et une vitesse de pointe améliorée — même avec le modeste moteur de la Fiat 600 D.
La mécanique : simplicité et contraste
Sous cette robe futuriste, la Berlinetta conserve la mécanique d’origine de la Fiat 600 D : un moteur quatre cylindres à l’arrière, 767 cm³ refroidi par liquide, développant environ 25 chevaux. Sur le papier, cela peut paraître anecdotique face à la plastique avant-gardiste de la carrosserie. Pourtant, le gain aérodynamique laissait envisager des performances supérieures à la version standard : meilleure vitesse de pointe et consommation potentiellement réduite sur route. Ce contraste entre mécanique simple et carrosserie avancée illustre bien la démarche expérimentale de Pininfarina et des chercheurs de l’époque.
Historique et provenance : un trésor issu d’une grande collection
La Berlinetta « Y » provient d’une collection prestigieuse : celle de Bill Harrah, le magnat des casinos, qui rassembla plus de 1 400 voitures au fil des décennies. La voiture fait partie aujourd’hui des survivantes de cette collection mythique et sera présentée aux enchères par Bonhams le 13 juin 2026, au National Automobile Museum de Reno (États-Unis). La maison de ventes ne communique pas d’estimation officielle, mais l’importance historique et la rareté absolue d’un tel prototype font prévoir un prix élevé, potentiellement dans les millions d’euros.
Pourquoi ce prototype fascine encore aujourd’hui
Plusieurs raisons expliquent l’intérêt pour cette « Y » :
Que pourrait signifier une vente aux enchères record ?
Si la Berlinetta atteignait des sommets à l’enchère, ce ne serait pas uniquement un coup pour les collectionneurs : ce serait aussi une validation du rôle central que les études aérodynamiques et les prototypes conceptuels ont joué dans l’évolution de l’automobile. En outre, cela soulignerait l’importance patrimoniale des carrossiers comme Pininfarina, qui ont su marier esthétique et science pour imaginer des véhicules en avance sur leur temps.
Points techniques à retenir pour les passionnés
Cette Fiat 600 Pininfarina Berlinetta « Y » nous rappelle que l’histoire automobile est faite d’expériences, de rêves et d’ingéniosité. Quand on la regarde aujourd’hui, on y voit non seulement un prototype d’un autre âge, mais aussi une préfiguration des préoccupations modernes : économie d’énergie, efficience aérodynamique et beauté fonctionnelle. Pour les amateurs d’Occitanie qui arpentent nos routes, c’est une belle leçon d’histoire mécanique à méditer avant le prochain rallye de village.


