Un brevet déposé à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (WIPO) sous la référence EP4328428A1, intitulé « Road car with side exhausts », vient de faire trembler la communauté automobile mondiale. Ferrari ne se contente pas de souffler sur les braises de sa légende : le constructeur de Maranello prépare activement le terrain pour une nouvelle génération de Gran Turismo à moteur avant, avec des échappements latéraux qui combinent audace stylistique, ingénierie avancée et sécurité passive. Voici ce que ce document technique révèle sur l’avenir du V12 Ferrari.
Ferrari brevète des échappements latéraux : ce que dit vraiment le brevet EP4328428A1
Le brevet déposé par Ferrari décrit un système de sorties d’échappement positionné sur les flancs de la voiture, entre les roues avant et l’habitacle, sous les portières. Ce choix d’implantation rompt radicalement avec la convention des sorties arrière qui équipe la quasi-totalité des GT de série. Plusieurs caractéristiques clés ressortent du document :
- Un tracé des conduits longeant le soubassement latéral, en retrait par rapport au bouclier avant.
- Des embouts dissimulés sous la carrosserie pour préserver la pureté des lignes, tout en restant visibles sous un angle rasant.
- Une intégration pensée pour que l’échappement devienne un élément de design structurant, et non un simple organe fonctionnel caché.
- Une compatibilité directe avec une architecture à moteur avant longitudinal — celle précisément des futures GT V12.
En termes de design, cette disposition rappelle les grandes heures de la compétition automobile des années 1960-1970, où les sorties latérales étaient monnaie courante sur les prototypes d’endurance. Ferrari s’en inspire délibérément pour signer visuellement ses prochaines Gran Turismo.
Des échappements qui jouent également le rôle d’absorbeurs de chocs
L’un des aspects les plus surprenants du brevet réside dans la fonction structurelle assignée aux tubulures d’échappement. Loin d’être de simples conduits de gaz brûlés, ils sont conçus pour participer activement à la sécurité passive du véhicule :
- Absorption d’énergie lors d’un choc frontal : les conduits, placés stratégiquement entre les roues et l’habitacle, agissent comme une barrière supplémentaire limitant l’intrusion des roues en cas d’impact.
- Renforcement latéral du châssis : leur rigidité propre contribue à la résistance structurelle des flancs, réduisant la nécessité d’ajouter des longerons ou des renforts dédiés, souvent lourds.
- Gain de masse global : en jouant la carte de la multifonctionnalité, Ferrari espère alléger le véhicule de manière significative, chaque kilogramme économisé profitant directement à la dynamique de conduite.
Ce principe de pièce à double fonction est bien connu en compétition — les monoplaces de F1 intègrent depuis longtemps des éléments qui servent à la fois de structure et de conduit aérodynamique ou thermique. Ferrari transfère ici ce savoir-faire en contexte routier.
Gestion de la chaleur et de l’acoustique : les défis techniques à résoudre
Placer des échappements à quelques centimètres des occupants n’est pas sans contraintes. Le brevet détaille plusieurs solutions envisagées pour maîtriser ces problématiques :
Isoler sans alourdir
- Utilisation de matériaux composites haute température et d’isolants céramiques pour limiter la transmission de chaleur vers la carrosserie et l’intérieur.
- Mise en place de conduits d’air frais guidés sous la caisse pour évacuer rapidement les calories et protéger les composants électroniques environnants.
- Conception d’une double paroi sur certaines sections des tubulures pour créer une barrière thermique passive.
Préserver le confort sonore sans tuer l’émotion
- Intégration de cloisons acoustiques et d’absorbants dans les passages de roue pour filtrer les fréquences les plus agressives à l’intérieur de l’habitacle.
- Un positionnement latéral qui, par nature, rapproche la sortie d’échappement de l’oreille du conducteur — ce qui pourrait amplifier la signature sonore du V12 de façon spectaculaire.
- Possibilité de moduler le son via des vannes électroniques, en fonction du mode de conduite sélectionné.
L’objectif annoncé est clair : offrir le raffinement d’une grande routière sans sacrifier l’émotion brute que seul un V12 Ferrari sait procurer.
Le grand retour du V12 avant : un signal fort dans la stratégie Ferrari
Ce brevet prend une dimension particulière au regard du contexte industriel. Alors que l’électrification progresse dans tous les segments, Ferrari maintient une ligne de crête singulière. Le plan produit de la marque prévoit la sortie d’une vingtaine de nouveaux modèles d’ici 2030, avec un équilibre revendiqué entre motorisations thermiques, hybrides et électriques. Le dépôt de ce brevet envoie un message sans ambiguïté aux puristes :
- Le V12 atmosphérique à montage avant — celui des 365 GTB/4 Daytona, de la 550 Maranello et de la récente 812 Superfast — n’est pas condamné.
- Ferrari travaille activement à lui offrir un écrin technique inédit, capable de justifier sa présence face aux hypercars électriques ou hybrides rechargeable.
- Les sorties latérales pourraient devenir la signature visuelle des futures GT V12, au même titre que le bouclier avant ou les phares ronds des modèles iconiques du passé.
Cette démarche s’inscrit dans une tradition Ferrari bien établie : chaque rupture technologique est mise au service de l’émotion de conduite, jamais contre elle.
Impact sur le design et la dynamique des futures Ferrari front-engine
Au-delà du brevet lui-même, c’est toute la philosophie de la future Gran Turismo Ferrari à moteur avant qui se dessine :
- Un profil radicalement nouveau : sans sorties arrière imposantes, le bouclier et le diffuseur arrière gagnent en liberté de forme, ouvrant des possibilités stylistiques inédites.
- Un centre de gravité abaissé : le repositionnement des conduits modifie la répartition des masses dans la partie centrale du véhicule, avec des effets potentiellement bénéfiques sur l’agilité en virage.
- Une signature acoustique latérale unique : le son du V12 ne s’exprimera plus uniquement dans le rétroviseur des suiveurs, mais accompagnera le conducteur sur toute la longueur du véhicule.
- Une réduction du nombre de pièces de structure : moins de soudures, moins de composants au châssis, donc potentiellement un temps d’assemblage réduit et une fiabilité accrue sur le long terme.
Ferrari ne cache pas son ambition : dépasser les limites historiques des échappements latéraux — autrefois synonymes de complexité et de coûts élevés — en optimisant chaque composant grâce aux matériaux et aux procédés de fabrication les plus modernes.
Ce que les passionnés peuvent attendre
Un brevet ne garantit pas un modèle de série, mais chez Ferrari, les dépôts de propriété intellectuelle sont rarement des exercices de style sans lendemain. Les amateurs de belles mécaniques ont donc de solides raisons d’anticiper :
- Une future GT à moteur V12 avant dont les échappements latéraux seront un argument de vente et de différenciation majeur face à la concurrence.
- Une expérience de conduite où la sonorité du douze cylindres enveloppera littéralement l’habitacle, renforçant encore la connexion entre la machine et son pilote.
- Un objet de collection et d’exception qui synthétisera soixante-dix ans d’histoire Ferrari tout en projetant la marque dans les années 2030.
Entre hommage à ses racines et maîtrise des technologies de demain, Ferrari confirme avec ce brevet que le Cavallino Rampante ne renoncera pas de sitôt à ce qui fait battre le cœur des passionnés : un V12, à l’avant, et une ligne d’échappement qui raconte une histoire.



