Une Ferrari Enzo a récemment battu tous les records à l’issue d’une vente aux enchères organisée par Mecum à Kissimmee, en Floride. Ce qui, sur le papier, n’est pas surprenant pour un modèle aussi mythique que l’Enzo, mais le montant atteint frôle l’inattendu : 17 875 000 dollars, soit environ 15 196 000 euros. Pour qui suit l’histoire des grands coupés italiens, ce chiffre a de quoi faire tourner les têtes et questionner les dynamiques du marché des voitures de collection.
Un exemplaire hors norme et une cote qui explose
Ce record ne s’explique pas seulement par l’aura de l’Enzo, incontournable icône de Maranello. L’exemplaire vendu appartient à la collection Bachman, un garage comptant 46 Ferrari, et il se distingue par des personnalisations réalisées directement en usine. Carrosserie jaune, minigarnitures et diffuseur arrière assortis, sièges spécifiques : autant d’éléments qui rendent cette Enzo unique. À cela s’ajoute un kilométrage quasi‑anecdotique — un peu plus de 1 000 km — qui transforme la voiture en presque neuve, un facteur déterminant pour les collectionneurs exigeants.
V12 atmosphérique : la dernière hypercar “pure” avant l’électrification
L’Enzo incarne une époque révolue : un V12 100 % thermique délivrant 660 ch (657 Nm de couple) à destination des seules roues arrière. À l’ère où l’hyperperformance s’achète souvent avec des architectures hybrides et des cumuls de puissance supérieurs à 1 000 ch, l’Enzo reste la référence d’une propulsion sans assistance électrique. Cette pureté mécanique est désormais rare et prisée : les puristes aiment l’instantanéité, la sonorité et la linéarité d’un V12 atmosphérique. Tous ces éléments contribuent à une rareté perçue et donc à une valorisation marquée.
Pourquoi la valeur a‑t‑elle triplé en 12 ans ?
Plusieurs leviers expliquent la flambée des prix :
En somme, cette Enzo réunit rareté, histoire, état quasi‑neuf et singularité esthétique — le cocktail idéal pour déclencher une enchère record.
Les chiffres du jour : un record parmi les records
Le prix final de 17 875 000 dollars place cette Enzo parmi les dix Ferrari les plus chères jamais vendues aux enchères. Pour donner une idée, d’autres icônes comme la 250 GTO atteignent des sommets bien plus élevés, mais la 250 GTO proposée lors de la même vente n’a pas atteint les espoirs des organisateurs, s’arrêtant à 38,5 millions de dollars — un « prix de soldes » par rapport à certains records récents. Le marché des voitures de collection reste ainsi imprévisible : une référence peut décoller tandis qu’une autre reste sous‑estimée selon le contexte de vente et les acteurs présents.
Conséquences pour les collectionneurs et le marché
Pour les propriétaires et acheteurs potentiels, cette enchère envoie plusieurs signaux forts :
Pour les acheteurs, cela implique de prendre en compte non seulement le modèle mais aussi la provenance, l’historique et l’état réel du véhicule avant de se lancer. Les conseils pratiques pour qui envisage un achat aux enchères : inspection technique, vérification du carnet et de l’authenticité des modifications, estimation des coûts d’assurance et de conservation, sans oublier la logistique d’import/export si l’acquisition se fait à l’étranger.
La Enzo dans l’histoire de Ferrari
Sur le plan historique, l’Enzo occupe une place particulière entre les supercars thermiques classiques et l’arrivée des hybrides extrêmes (LaFerrari, F80, etc.). Elle symbolise le dernier souffle d’un paradigme : puissance thermique brute, linéarité du V12 et comportement mécanique non assisté. Pour Maranello, l’Enzo représente un jalon technique et émotionnel, un pont entre le passé glorieux et l’avenir désormais hybride/électrifié.
Enchères et émotions : le facteur humain
Enfin, il ne faut pas sous‑estimer le facteur émotionnel qui entoure ces ventes. Une enchère n’est pas qu’un simple échange financier : elle met en compétition des passionnés, des investisseurs, des musées et des collectionneurs privés. L’existence d’une provenance prestigieuse (collection Bachman) et d’adaptations singulières a sans doute créé une tension émotionnelle maximale, poussant certains à enchérir bien au‑delà des estimates initiales.
Sur nos routes d’Occitanie, on regarde ces histoires avec admiration et un brin d’envie : tandis que cette Enzo s’envole à des chiffres astronomiques, la passion pour la mécanique pure continue d’animer pilotes et collectionneurs. Et pour nous, amateurs, cela rappelle que l’automobile dépasse souvent la fonction utilitaire pour devenir véritable patrimoine roulant — à chérir, entretenir, et parfois, si l’on a la chance, admirer de près.

