La smart forfour de 2004 incarne une tentative audacieuse : élargir l’univers de la micro‑citadine en proposant une vraie petite polyvalente à cinq places, tout en gardant l’identité visuelle et technique de la marque. Cette W454, née d’un partenariat avec Mitsubishi et construite sur la base de la Colt, est un exemple frappant de stratégie industrielle et de design qui mérite qu’on s’y attarde, surtout pour comprendre comment une petite marque peut chercher à devenir une gamme complète.

Genèse technique : partage de plateforme et objectifs

La forfour W454 repose sur la plateforme de la sixième génération de la Mitsubishi Colt, partageant environ 40 % de ses composants. Ce choix a permis à smart de gagner du temps et de réduire les coûts de développement, tout en offrant une base mécanique éprouvée. La production a été confiée à l’usine NedCar de Born, aux Pays‑Bas, ce qui illustre la volonté d’un montage industriel intégré à l’échelle européenne.

Sur le papier, l’objectif était clair : proposer une auto plus pratique que la fortwo, capable d’attirer une clientèle familiale ou des citadins recherchant plus d’espace sans perdre la maniabilité caractéristique de la marque. Avec un volume de coffre débutant à 270 litres, extensible jusqu’à 975 litres après rabattement des sièges, la forfour répondait à ce cahier des charges.

Design et identité : smart revisitée en format 5 places

Esthétiquement, la forfour conserve les éléments iconiques de smart : l’armature tridion mise en évidence par un contraste de couleurs, les phares avant à double élément et les feux arrière ronds qui rappellent la fortwo. Pourtant, elle s’affirme par des proportions différentes : carrosserie plus allongée, portes arrière, silhouette plus fonctionnelle.

L’habitacle reprend l’esprit jeune et coloré de la marque, avec des matériaux et des choix de design pensés pour une clientèle urbaine. La présence de solutions intelligentes — sièges « readyspace », porte arrière avec grande ouverture — montre que smart cherchait à allier fun et praticité.

Motorisations : de l’entrée de gamme au Brabus survitaminé

La gamme moteur de la forfour 2004 était étonnamment large pour une voiture de ce segment. À son lancement, elle proposait deux moteurs essence quatre cylindres (1.3 et 1.5 litres), complétés ensuite par un trois cylindres 1.1. Les versions diesel 1.5 common rail, issues d’un travail commun avec Mercedes, offraient des alternatives économes. Cerise sur le gâteau pour les amateurs de sportivité : une déclinaison Brabus avec un 1.5 turbo développant 177 ch, faisant de la forfour une référence inattendue en termes de punch dans la catégorie.

Ventes et arrêt prématuré : analyse des raisons

Malgré des qualités réelles, la commercialisation n’a pas rencontré le succès escompté. Après un démarrage correct en 2004, les chiffres ont rapidement décliné. Daimler‑Chrysler a décidé d’interrompre la production en mars 2006, la dernière forfour sortant de chaîne en juillet de la même année. Plusieurs facteurs expliquent cet échec relatif :

  • Positionnement de marché flou : smart était encore trop perçue comme une marque de micro‑citadines; convaincre les acheteurs qu’elle pouvait légitimement proposer une 5 places a demandé un temps que le marché n’a pas accordé.
  • Concurrence interne et externe : la forfour entrait en concurrence avec des modèles déjà bien implantés (petites polyvalentes compactes) et peinait à justifier son prix et sa valeur ajoutée.
  • Coûts et stratégie industrielle : la production chez NedCar et le partage de composants n’ont pas suffi à compenser les volumes de vente attendus, rendant le projet économiquement fragile.
  • Le fantasme inachevé : la formore et les ambitions avortées

    À l’époque, smart avait même envisagé d’aller encore plus loin avec un projet appelé formore — un SUV compact à transmission intégrale basé sur la plateforme de la Mercedes Classe C, destiné notamment au marché américain. Ce projet, très ambitieux, a été annulé en 2005 pour des raisons économiques. On peut y voir la preuve d’une volonté stratégique : smart voulait se transformer en marque multi‑segments. L’échec de la forfour et l’annulation de la formore ont précipité un recentrage sur le cœur de métier : la fortwo.

    Leçons à tirer : ce que la forfour enseigne aux constructeurs

    La courte histoire de la forfour donne plusieurs enseignements précieux :

  • La cohérence de marque est cruciale : élargir une gamme suppose d’accompagner l’identité et la perception auprès des clients, par une communication massive et des arguments produits forts.
  • Partenariats techniques utiles mais limités : partager une plateforme est efficace pour réduire les coûts, mais cela n’assure pas la réussite commerciale si le positionnement marché est faible.
  • L’innovation doit se traduire en valeur perçue : la praticité et la motorisation ne suffisent pas toujours; il faut convaincre sur le style de vie proposé et l’expérience utilisateur.
  • Héritage et résonances actuelles

    Vingt ans plus tard, la stratégie actuelle de smart, désormais sous contrôle chinois et avec une gamme élargie allant de la #2 à la #5, fait écho à ces tentatives passées. La forfour de 2004 fut un laboratoire d’idées : modularité d’habitacle, coexistence d’une identité forte et de composants partagés, déclinaisons sportives étonnantes. Ces éléments réapparaissent aujourd’hui, mieux calibrés, avec l’expérience historique pour guide.

    Pour le conducteur moderne

    Si vous êtes curieux des « what if » automobiles ou si vous cherchez des enseignements sur la façon dont une marque peut évoluer, la forfour W454 est un cas d’école. Elle illustre la difficulté de transformer une image de niche en gamme complète, mais aussi la créativité possible quand on ose combiner caractéristique urbaine et polyvalence. Sur les routes d’Occitanie, où la diversité des trajets exige parfois polyvalence et compacité, l’idée d’une petite voiture pratique et habitable reste séduisante — la forfour l’avait compris avant beaucoup d’autres.

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