Geely veut relancer l’usine Ford de Valence : une opportunité industrielle pour l’Europe

Les rumeurs deviennent plus précises : Geely, le constructeur chinois, étudie sérieusement l’acquisition d’une partie de l’usine Ford d’Almussafes, près de Valence. Si le projet se confirme, il s’agirait d’une opération stratégique majeure pour l’implantation industrielle de Geely en Europe et, d’un point de vue local, d’une bouffée d’oxygène pour un site historiquement important mais aujourd’hui sous‑utilisé. J’ai parcouru la piste, parlé aux chiffres et analysé les implications concrètes pour la production, l’emploi et la transition énergétique.

Quelles zones de l’usine sont concernées ?

Le focus porte sur la zone dite Body 3, la plus moderne du complexe d’Almussafes. Après l’arrêt de lignes dédiées à des modèles tels que les anciennes Mondeo, Galaxy et S‑Max, Body 3 est restée en grande partie inoccupée tandis que la production s’est recentrée sur la Kuga. Céder ou louer ce module à Geely permettrait à la marque chinoise d’opérer sur une ligne indépendante, sans interférer avec les chaînes existantes. Pour Ford, c’est l’occasion de valoriser des actifs dormants et de réduire la charge fixe liée à un outil partiellement inutilisé.

Quel modèle pourrait être produit ?

Le projet industriel évoqué par les sources vise la production locale d’un modèle développé sur la plateforme GEA (Global Intelligent Electric Architecture). En interne, le véhicule porte le code 135 et il s’agirait très probablement de la Geely E2 destinée à l’Europe, un crossover compact d’un peu plus de 4,1 m. En version électrique, cette E2 affiche une puissance d’environ 114 ch et une batterie de 39,4 kWh, avec une autonomie WLTP revendiquée proche de 325 km. La modularité de l’architecture GEA laisse toutefois la porte ouverte à des variantes hybrides ou plug‑in, selon les besoins du marché européen.

Pourquoi Geely vise l’Europe par la production locale ?

Produire en Europe, c’est réduire les coûts logistiques, éviter certains droits et barrières et répondre plus rapidement aux exigences réglementaires (normes WLTP, recyclage, exigences environnementales locales). Pour Geely, installer une ligne de production en Espagne, c’est aussi rassurer les distributeurs et les clients européens : véhicule « local » rime avec délais plus courts, capacité d’adaptation aux marchés et image de marque améliorée. Enfin, cela diminue la dépendance aux flux d’importation depuis la Chine, un atout face aux incertitudes géopolitiques et aux variations tarifaires.

Impact sur l’emploi et la production locale

Si l’opération se concrétise, les effets peuvent être immédiats et significatifs. Actuellement, l’usine d’Almussafes emploie plus de 4 000 personnes mais tourne en deçà de ses capacités précédentes (plus de 300 000 unités annuelles avant la chute post‑pandémie). L’arrivée d’un nouveau programme de production, qu’il soit partiel ou complet, contribuerait à remonter les volumes, stabiliser les emplois et pourrait même créer de nouveaux postes : ingénierie, maintenance de ligne, logistique et chaînes d’assemblage. À terme, une relance industrielle de ce type favoriserait aussi les sous‑traitants locaux — peinture, emboutissage, électronique — et dynamiserait toute la filière régionale.

Considérations techniques : la plateforme GEA et ses avantages

  • Modularité : GEA peut accueillir motorisations thermiques, hybrides et 100 % électriques, ce qui laisse une grande flexibilité à la production.
  • Standardisation des composants : une plateforme commune réduit les coûts unitaires et simplifie la gestion des pièces.
  • Possibilités d’évolutions : la GEA permet d’intégrer des évolutions logicielles et matérielles sans refonte complète de l’assemblage.
  • Ces caractéristiques rendent la GEA attractive pour une implantation européenne : elle combine économies d’échelle et adaptabilité aux marchés locaux.

    Conséquences stratégiques pour Ford

    Pour Ford, céder Body 3 à Geely (ou nouer un partenariat industriel) constitue une manière pragmatique de monétiser un actif sous‑exploité. La collaboration peut aussi engendrer des synergies : partage d’architectures, sourcing commun de composants et éventuelle production de modèles Ford dérivés de la même plateforme. Ford a déjà répété qu’il est en discussion avec plusieurs partenaires ; une alliance avec Geely serait cohérente avec la logique de mutualisation des investissements dans l’ère de l’électrification.

    Risques et points d’attention

  • Acceptation sociale : les syndicats et les employés surveilleront de près les conditions de transfert, les garanties d’emploi et les engagements d’investissement à long terme.
  • Conformité réglementaire : production européenne impose un respect strict des normes locales en matière de pollution, sécurité et recyclabilité.
  • Intégration industrielle : adapter une ligne existante à une nouvelle logique de production nécessite investissements, formation et planification minutieuse pour éviter les interruptions.
  • Scénarios envisageables

  • Scénario optimiste : Geely installe une ligne complète, la production démarre rapidement, volumes remontent et emplois sont consolidés.
  • Scénario intermédiaire : mise en place progressive avec production sous licence ou en co‑branding, volumes limités dans un premier temps.
  • Scénario prudent : discussions longues, investissement différé ; l’usine reste partiellement inoccupée si les négociations échouent.
  • Pour l’Occitanie (et plus largement le Sud‑Europe), un tel projet a des allures de coup d’accélérateur industriel : remonter une chaîne productive, créer des synergies locales et inscrire la région dans la cartographie européenne de la mobilité électrique. Reste désormais à obtenir des confirmations officielles et à suivre les engagements concrets en termes d’investissement et de calendrier de production.

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