Au Retromobile 2026, j’ai eu la chance de voir de près un objet qui n’est pas seulement une voiture mais une page d’histoire roulante : le premier prototype de la Citroën 2CV, daté de 1939, entièrement restauré. Cet exemplaire est l’un des très rares survivants d’un projet qui allait, après la guerre, révolutionner la mobilité populaire en France et bien au-delà. En Occitanie, où je parcours routes et villages, la 2CV reste une référence culturelle autant que mécanique ; la voir dans sa forme originelle éclaire d’une manière fascinante la genèse d’un mythe.
Un prototype miraculeux
La plupart des prototypes du projet TPV (Toute Petite Voiture) destinés au Salon de Paris de 1939 furent détruits avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Quatre d’entre eux ont cependant été épargnés, et le premier d’entre eux, redécouvert en 1968 puis restauré, est celui que j’ai observé au salon. Il s’agit d’un témoin brut de l’esprit d’ingénierie de l’époque : simplicité maximale, recherches d’allégement et solutions techniques originales pour répondre à un cahier des charges exigeant — transporter quatre personnes et 50 kg de bagages à 50 km/h, sur des routes souvent difficiles.
Conception et solutions ingénieuses
Ce premier prototype illustre des choix conceptuels radicaux. Le véhicule pèse seulement 380 kg : un poids plume obtenu grâce à des matériaux légers et des solutions constructives minimalistes. Les vitres en mica, par exemple, réduisaient le poids tout en maintenant une visibilité correcte. Les sièges avant sont suspendus « en hamac », solution astucieuse pour atténuer les cahots sur des routes dégradées. Autre détail révélateur : l’absence de démarreur électrique — le moteur se lance à la manivelle, preuve que l’économie et la simplicité guidaient chaque décision.
Design et ergonomie pragmatique
Les portières à ouverture « en conque » sont un autre exemple de pragmatisme : elles facilitent l’accès et la manipulation dans des environnements ruraux. Les suspensions, conçues pour affronter champs et chemins, combinent légèreté et efficacité, offrant une tenue de route étonnamment stable compte tenu de la simplicité apparente. Derrière ces solutions se trouve une équipe talentueuse : André Lefèbvre, Pierre Meyer, Alphonse Forceau, Jean Muratet et le designer Flaminio Bertoni — des noms qui témoignent de la profondeur de réflexion derrière ce projet populaire.
Le contexte historique et industriel
La 2CV naît dans les années 1930, période où en Europe on cherche à démocratiser l’automobile — pense-t-on alors à la Fiat Topolino en Italie. Citroën lance le projet TPV pour concevoir une voiture économique, facile à conduire et à entretenir. La guerre interrompt la production expérimentale : sur les 250 prototypes initialement préparés pour le Salon, la plupart disparaissent. Le prototype de 1939 vu au Retromobile est donc un survivant exceptionnel, un lien matériel direct entre le concept et la voiture de série qui verra le jour en 1948.
La transformation après-guerre
Après 1945, le projet est adapté et perfectionné : le moteur devient refroidi par air, la carrosserie s’arrondit et les suspensions sont améliorées pour offrir une stabilité remarquable. Le 7 octobre 1948 marque la présentation de la Tipo A au Salon de Paris — la 2CV entre en production l’année suivante, en 1949. Sa simplicité, son faible coût d’exploitation et son adaptabilité aux routes rurales font rapidement son succès : la production se poursuit jusqu’en 1990 et dépasse les cinq millions d’exemplaires.
Pourquoi ce prototype nous parle encore
Voir le prototype originel, c’est comprendre l’ADN de la 2CV : légèreté, fonctionnalité et accessibilité. Chaque solution technique répondait à un besoin précis, souvent dicté par des contraintes économiques et géographiques. Ce véhicule n’était pas conçu pour séduire par la sophistication, mais pour résoudre des problèmes concrets. Dans nos contrées occitanes, où l’on apprécie la robustesse et la praticité, la philosophie de la 2CV reste d’une surprenante modernité.
Les détails qui charment et enseignent
Ces éléments, observés de près dans le prototype restauré, sont autant de leçons pour qui conçoit aujourd’hui des véhicules légers et durables. La tendance actuelle vers la sobriété énergétique et la durabilité redonne, d’une certaine façon, une actualité à ces choix d’antan.
La 2CV, un mythe social autant que mécanique
Au-delà de la technique, la 2CV est devenue un symbole socioculturel : elle incarne un idéal d’autonomie et de mobilité pour des générations. Elle a traversé les décennies parce qu’elle répondit à un besoin profond : une voiture utile, économique, réparable et agréable à vivre. Voir le prototype de 1939, c’est toucher du doigt l’origine de cette réussite — comprendre que le mythe n’est pas né d’un coup de marketing, mais d’un travail d’ingénierie rigoureux et d’une vision claire.
Questions ouvertes pour les passionnés
Le prototype de la 2CV au Retromobile invite à ces réflexions. Pour nous, amateurs de belles mécaniques, il rappelle que l’innovation ne se mesure pas seulement en puissance ou en technologie flashy, mais aussi en pertinence et en capacité à résoudre des problèmes réels. En Occitanie, comme ailleurs, la 2CV reste une référence vivante : un pont entre ingéniosité passée et défis futurs.



