Alpine A110 EV : la sportive électrique qui veut garder l’âme de la coupé

La disparition prochaine des versions thermiques de l’A110 marque la fin d’une ère ; l’entrée en piste d’une A110 électrique est donc un événement majeur pour les amateurs de sportives françaises. Alpine lance un pari audacieux : transposer l’ADN de la petite coupé légère vers une architecture 100 % électrique sans perdre la magie de conduite qui a fait sa réputation. Voici, étape par étape, ce que l’on sait de cette A110 EV et ce que cela implique pour le conducteur, en particulier pour ceux d’entre nous qui aiment encore sentir la route sous les pneus.

La plateforme Alpine Performance Platform : fondation et intentions

Au cœur du projet se trouve l’Alpine Performance Platform (APP), une plateforme dédiée développée en aluminium pour préserver un centre de gravité bas et une position de conduite résolument sportive. Cette architecture joue un rôle crucial : elle doit permettre de conserver la maniabilité, la précision de direction et la sensation « connectée » voiture‑pilote. Contrairement à beaucoup de plateformes partagées, l’APP est pensée pour favoriser la dynamique, avec une implantation batterie qui n’alourdit pas trop le train avant et une position des sièges qui rappelle la A110 thermique.

Motors in‑wheel : performance et défis techniques

Certaines versions de l’APP pourraient adopter des moteurs in‑wheel (directement intégrés dans les roues). Avantage principal : une réponse instantanée, une réactivité hors norme et la possibilité d’optimiser la vectorisation du couple roue par roue. En pratique, cela promet des accélérations foudroyantes et un contrôle dynamique très fin, idéal pour une sportive. Mais la technologie soulève aussi des problèmes classiques :

  • Augmentation de la masse non suspendue, impactant la finesse de la suspension ;
  • Gestion thermique complexe : maintenir des moteurs in‑wheel à température optimale demande des solutions spécifiques ;
  • Maintenance et coût : accessibilité et robustesse à long terme restent des inconnues.
  • Alpine devra donc montrer qu’elle a su résoudre ces défis pour que la promesse de performance ne se transforme pas en compromis de tenue de route.

    Batterie 70 kWh et autonomie : le juste équilibre

    La batterie annoncée autour de 70 kWh vise à offrir une autonomie théorique supérieure à 480 km. Pour une sportive, c’est un pari intelligent : suffisant pour des sorties longues et compatible avec une utilisation quotidienne. Mais l’enjeu, comme toujours, sera l’autonomie réelle en conduite sportive. Une A110 EV poussée sur route sinueuse ou sur circuit verra son autonomie fondre rapidement. Alpine devra travailler sur la gestion énergétique, le rendement des moteurs et la récupération d’énergie pour maintenir une polyvalence acceptable entre sportivité et autonomie pratique.

    Variantes et vocation : coupé, cabrio et 2+2

    La gamme ne se cantonnera pas à une simple A110 coupé. Alpine planifie des déclinaisons cabrio et 2+2, ce qui montre une volonté claire : élargir l’audience sans trahir l’ADN. La version 2+2 en particulier ouvre l’accès aux familles recherchant une sportive utilisable au quotidien. L’enjeu technique sera d’intégrer ces variantes sans altérer la dynamique : conserver la rigidité, la répartition des masses et la position basse des sièges reste primordial.

    Proportions et design : modernité sans rupture

    Esthétiquement, l’A110 EV devrait rester fidèle aux lignes de la génération actuelle : silhouette fluide, empattement long, capot plongeant. Toutefois, un léger allongement est nécessaire pour loger les batteries. Alpine doit préserver la finesse du véhicule — son atout émotionnel — tout en intégrant radiateurs, systèmes de refroidissement et électroniques de puissance. Le fait que la plateforme soit modulable et partagée avec la Renault 5 Turbo 3E souligne la capacité de l’APP à accueillir des architectures très différentes sans perdre la signature Alpine.

    Poids et agilité : la grande question

    La légèreté a toujours été l’un des piliers de la A110. L’électrification tend naturellement à alourdir les autos. Alpine revendique un travail sur l’aluminium et l’optimisation de l’architecture pour limiter la prise de masse. Reste à vérifier sur route si la sensation de vivacité et la précision restent au rendez‑vous. Les ingénieurs devront compenser le surpoids par une distribution des masses idéale, un châssis raffiné et des suspensions calibrées pour conserver une agilité digne d’une vraie sportive.

    Concurrence et positionnement sur le marché

    En 2027, l’A110 EV affrontera des rivales de plus en plus nombreuses dans le segment des sportives électriques : des déclinaisons hautes performances de Porsche, aux propositions plus radicales de constructeurs émergents. L’argument d’Alpine restera son héritage et son rapport poids‑plaisir. Si la marque parvient à conjuguer émotion, performance et autonomie praticable, elle occupera une niche très prisée : celle des sportives accessibles mais désireuses d’offrir une réelle expérience de conduite.

    Industrialisation et risques

    L’industrialisation de l’APP et la montée en cadence des productions bateries posent des défis logistiques : disponibilité des cellules, coûts et complexité d’intégration des moteurs in‑wheel. Alpine devra aussi préserver la qualité perçue pour garantir la valeur résiduelle, un aspect crucial dans le premium sportif. Chaque compromis mal géré pourrait nuire à l’aura de la marque.

    Ce que nous attendons de l’essai routier

  • La confirmation d’une position de conduite basse et centrée, fidèle à l’ADN Alpine ;
  • Une réponse directionnelle vive et un châssis qui incite à attaquer en confiance ;
  • Une gestion thermique robuste et une autonomie raisonnable en usage mixte ;
  • Un ressenti de légèreté malgré l’électrification — la clé pour conserver l’émotion.
  • Pour les conducteurs d’Occitanie qui aiment enchaîner cols et petites routes, l’A110 EV doit offrir une promesse simple : garder la relation directe avec la route, même en électrique. Si Alpine réussit, elle conservera son statut de petite reine des sportives, renouvelée pour l’ère zéro‑émission.