La Gordon Murray S1 dévoilée à la Monterey Car Week 2026 est une déclaration d’amour au concept de supercar à l’ancienne — V12 atmosphérique, boîte manuelle, châssis carbone et réduction du superflu — mais pensée pour le grand tourisme moderne. Avec sa configuration à trois places et sa position de conduite centrale, elle évoque sans ambiguïté la McLaren F1 tout en se démarquant par une ambition différente : offrir une supercar capable de longues traversées avec confort, tout en conservant une véracité mécanique et une agilité de premier plan.

Le cœur mécanique : un V12 Cosworth taillé pour la route

Au centre du projet, un V12 Cosworth 4,2 litres atmosphérique qui développe 690 ch et monte jusqu’à 12 100 tr/min. Ces chiffres traduisent une philosophie : privilégier la réponse du moteur et la linéarité plutôt que la seule recherche du chrono. Le couple annoncé — environ 500 Nm — est ciblé pour offrir une plage d’utilisation réaliste, avec une disponibilité en bas de régime pour une conduite quotidienne moins contraignante que celle d’une pure voiture de circuit.

Les choix techniques témoignent d’une approche racing pensée pour la durabilité : pistons légers avec revêtement en carbure de silicium, composants internes en titane et lubrification par carter sec. Ce train d’éléments place le moteur dans une catégorie d’unités hautement spécialisées, capables d’un régime extrême tout en restant utilisables sur de longs trajets lorsque la voiture est assagie par ses réglages.

Boîte manuelle et ergonomie de conduite

Gordon Murray Special Vehicles a maintenu une boîte manuelle à six rapports, avec une sixième longue destinée au cruising. Ce choix contribue énormément au caractère de l’auto : la boîte manuelle impose une implication du conducteur rarement offerte de nos jours. L’acheminement des câbles pour des passages de rapports plus précis est une attention technique qui devrait ravir les puristes. Dans la pratique, cela signifie que la S1 vise à conjuguer plaisir des changements de rapport et confort sur autoroute — une combinaison délicate mais séduisante.

Châssis, suspension et équilibre dynamique

La S1 repose sur une monocoque carbone proche de celle de la S1 LM, mais la voiture se distingue par une garde au sol augmentée d’environ 10 mm et une suspension assouplie pour améliorer le confort. Les pneus plus larges, la largeur de voie conservée et une tarature d’amortisseurs repensée visent à préserver la précision tout en offrant une tolérance accrue sur les surfaces variées. L’équilibre recherché n’est pas maximalement axé sur l’appui aérodynamique extrême : le pack aéro arrière est actif et pensé pour la stabilité à haute vitesse et l’assistance au freinage plutôt que pour générer une déportance record.

Aérodynamique et intégration stylistique

Le travail aérodynamique opère un virage vers la discrétion par rapport à la S1 LM. Les éléments fixes énormes ont été remplacés par une carrosserie plus épurée et un dispositif arrière actif. Cette orientation permet de réduire la traînée quand il le faut et d’accroître la surcharge aérodynamique quand la stabilité est requise. L’ensemble se veut à la fois efficace et moins agressif visuellement, répondant mieux à l’usage routier et au caractère plus « GT » de la S1.

Design, habitacle et usage long‑courrier

La S1 conserve l’architecture à trois places avec le siège conducteur centré, une signature Murray qui optimise la sensation de conduite. À bord, Gordon Murray a travaillé la finition pour améliorer l’isolation acoustique et ajouter du confort : plus de cuir, des tissus sur mesure, un système audio léger adapté au grand trajet et des écrans d’infodivertissement retravaillés. Les nouvelles portes à ouverture en élytre avec vitres descendantes facilitent l’accès — détail pratique souvent négligé sur les hypercars.

Production limitée et positionnement marché

La production est limitée à 64 exemplaires, tous réalisés sur commande. C’est une stratégie classique pour maintenir l’exclusivité et garantir un niveau de personnalisation élevé. Le prix n’a pas été communiqué, mais la rareté, la mécanique exceptionnelle et la philosophie de l’auto la positionnent clairement dans la sphère des collectionneurs et des utilisateurs exigeants qui veulent une voiture à la fois extrême et utilisable.

Aspects techniques à surveiller

  • Gestion thermique du V12 en usage routier prolongé : la tenue thermique et le refroidissement seront cruciaux pour un moteur qui peut monter à 12 100 tr/min.
  • Fiabilité et entretien d’un moteur très pointu : pistons céramisés, éléments en titane et carter sec imposent des coûts et des protocoles d’entretien spécifiques.
  • Confort vs performance : la S1 doit tenir l’équilibre entre comportement joueur et capacité au grand tourisme, un compromis qui conditionnera son succès réel auprès d’une clientèle mixte.
  • Sur les routes d’Occitanie, l’idée d’une telle voiture me séduit : une supercar qui reste vivante à l’accélération, qui chante haut dans les tours et qui, pourtant, permet de parcourir des centaines de kilomètres en gardant confort et agrément. La S1 est une invitation à retrouver le plaisir mécanique, à redécouvrir la sensation de pilotage manuel et à priver la vitesse de toute artificialité électronique excessive. Reste à voir, dans la réalité de l’usage quotidien et des retours clients, si ce subtil dosage technique et émotionnel tient toutes ses promesses.