Il est des histoires automobiles qui se lisent comme des nouvelles d’art contemporain : une voiture qui devient œuvre, objet de décoration et finalement pièce de musée. La Ferrari Conciso appartient à cette catégorie singulière. Basée sur la 328 GTS mais transformée en concept extrême, elle a vécu une existence atypique — presque vingt ans dans le salon d’un collectionneur — avant de rejoindre aujourd’hui les collections du Petersen Automotive Museum de Los Angeles. Voici le récit technique et humain de cette voiture unique, décortiqué avec l’œil d’un passionné d’Occitanie.
Naissance d’un concept : la Ferrari Conciso
Présentée en 1993, la Conciso est l’œuvre du designer allemand Bernd Michalak. L’idée était radicale : partir d’une Ferrari 328 GTS de 1989 et enlever tout ce qui n’était pas strictement indispensable. Le résultat est une carrosserie entièrement nouvelle en aluminium, des lignes épurées, une philosophie « less is more » poussée à l’extrême. Les portières « disparaissent » visuellement et le pare-brise se réduit à un simple déflecteur — choix esthétiques qui transforment la 328 en speedster presque conceptuel.
Architecture et mécanique : cœur Ferrari, silhouette minimaliste
Sous ce carénage radical, la mécanique reste essentiellement fidèle à l’origine : le V8 atmosphérique 3,2 litres de la 328 GTS , avec ses quelque 270 ch, associé à une boîte manuelle 5 rapports. Là où le travail de conception devient intéressant sur le plan technique, c’est dans l’emploi massif d’aluminium et les opérations d’allègement. Le poids annoncé — environ 889 kg — est spectaculaire : près de 30 % en moins par rapport à la voiture de base. Cette réduction permet des performances crédibles, avec un 0‑100 km/h estimé autour de 5 secondes et une vitesse de pointe proche de 278 km/h, tout en gardant l’homologation routière.
Un intérieur d’essentiel : l’habitacle comme approche minimale
Conformément à sa logique, l’intérieur de la Conciso n’arbore que le nécessaire. La planche de bord se contente des instruments indispensables, les sièges sont spécifiques et prévus pour accueillir des casques — indice que la voiture privilégie l’expérience de conduite épurée. Le déflecteur réduit offre une protection très limitée contre le vent : conduire la Conciso doit ressembler davantage à piloter un speedster vintage qu’à rouler en spider moderne confortablement coiffé.
De la piste aux salons : une vie de pièce d’art
Après sa présentation à Francfort puis à Genève, la Conciso n’a pas suivi le destin classique d’un prototype (musées, collections privées d’exposition statique). En 1998, elle est achetée par un collectionneur belge qui, étonnamment, l’installe dans son salon. Pendant près de vingt ans, la Ferrari partage bibliothèque, fauteuils et tableaux : elle devient sculpture domestique, visible quotidiennement mais très peu utilisée sur la route. Ce choix hors norme a un avantage mécanique indéniable : la voiture, peu kilométrée et à l’abri des intempéries, conserve un état de conservation exceptionnel.
Retour à la vie active puis entrée au musée
La Conciso a retrouvé la route en 2014 avec une nouvelle immatriculation, puis elle a traversé l’Atlantique après une vente aux enchères où elle a été adjugée pour 109 250 €. Ce prix, étonnamment proche de celui d’une 328 GTS classique, illustre une réalité du marché des concept-cars : l’exclusivité ne garantit pas toujours une évaluation élevée, surtout si la voiture n’a pas été largement médiatisée en circulation. Sa participation à des émissions comme Jay Leno’s Garage a néanmoins renforcé sa notoriété, ouvrant la voie à son entrée au prestigieux Petersen Automotive Museum.
Ce que la Conciso enseigne techniquement et culturellement
Aspects pratiques : entretien et préservation d’un exemplaire unique
Un prototype comme la Conciso demande une attention particulière : pièces sur mesure, usinage spécifique, contrôles périodiques adaptés au faible kilométrage pour éviter l’encrassement des organes (essence, joints, systèmes de freinage). Le stockage intérieur intensif a des avantages (absence de corrosion) mais impose une surveillance du circuit de carburant, des pneus et des fluides pour éviter la détérioration par immobilisation prolongée. Pour un collectionneur moderne, la réhumidification contrôlée, la rotation régulière du moteur et un calendrier d’entretien sur mesure restent essentiels.
Un objet entre art et automobile
La Conciso illustre parfaitement la frontière floue entre automobile et objet d’art. Sa trajectoire — du salon privé au musée — montre que certaines créations automobiles peuvent transcender leur statut fonctionnel. Pour les passionnés que nous sommes en Occitanie, c’est aussi un rappel : la voiture n’est pas seulement un levier de mobilité, c’est parfois une œuvre qui raconte une époque, une vision du design et un courage conceptuel.

