En mai 2026, le marché italien des véhicules utilitaires légers a connu un net recul : 15 345 immatriculations, soit -7,1 % par rapport aux 16 521 unités vendues en mai 2025. Après trois mois de relative stabilité, ce plongeon marque un coup d’arrêt pour un segment pourtant vital pour le transport de marchandises et les artisans. Sur les cinq premiers mois de l’année, le bilan reste moins dramatique mais négatif : 77 665 immatriculations, en baisse de 2,4 % par rapport à la même période de 2025 (79 572).

Palmarès des furgons : le trio Fiat–Iveco–Ford domine

La liste des modèles les plus vendus en mai témoigne d’un marché encore largement dominé par les références historiques. En tête se trouve le Fiat Professional Ducato avec 1 532 unités, suivi par l’Iveco Daily (1 225) et le Fiat Professional Doblò (1 078). Ford place trois modèles dans le top 10 (Transit, Transit Custom, Transit Courier) et le Ranger apparaît à la huitième place, preuve que la demande couvre aussi des profilés pick‑up pour usage mixte. La forte présence de Fiat et Iveco souligne la préférence continue du marché pour des solutions robustes et éprouvées.

Le rôle du location courte durée : amortisseur de la chute

Un élément clé ressort des analyses : sans la forte progression du segment de la location courte durée (rent a car), la chute aurait été bien plus marquée. En mai, le noleggio à court terme a presque doublé son volume, passant à 9 % du marché contre 4,3 % en mai 2025. Selon les estimations, sans cette dynamique le recul aurait atteint -11,8 %. C’est un indicateur important : le modèle de consommation évolue, avec des flottes temporaires qui comblent une partie de la demande, notamment pour les besoins saisonniers ou ponctuels.

Le noleggio longue durée en crise

À l’opposé, la location longue durée connaît une période difficile : -23,6 % sur le mois, conséquence directe du recul des immatriculations par les sociétés « captive ». Les entreprises retardent leurs investissements, ce qui pénalise particulièrement ce canal de distribution. Pourtant, ce segment est traditionnellement porteur sur le marché des utilitaires, car il facilite l’accès à un véhicule neuf pour les entreprises sans mobiliser de trésorerie.

Structure des acheteurs : entreprises et entités publiques en tête

Les immatriculations effectuées par des entreprises et des entités restent majoritaires, représentant 40,8 % des immatriculations totales, tandis que les particuliers maintiennent une part relativement stable autour de 14,7 %. Ce profil d’acheteurs confirme que le marché des utilitaires demeure essentiellement orienté vers les usages professionnels et institutionnels.

Alimentations : diesel toujours dominant, électriques en retrait

Sur le plan des motorisations, le diesel demeure la norme, avec 78,3 % des ventes en mai, même s’il recule légèrement (-0,9 point environ) par rapport à l’année précédente. Le fait le plus marquant est le repli des véhicules totalement électriques (BEV) qui tombent à 3,5 % de part de marché, contre 5,4 % un an plus tôt. Après un léger rebond en avril (2,9 %), la hausse n’a pas tenu, ce qui illustre la volatilité de la demande BEV dans le segment utilitaire.

En revanche, les solutions hybrides classiques (HEV) progressent et pèsent désormais 10,7 % du marché, tandis que les plug‑in hybrid (PHEV) quadruplent presque leurs volumes pour atteindre 2,4 %. Au total, BEV et PHEV représentent 5,9 % des immatriculations de mai : une part encore faible mais en progression si l’on considère l’ensemble des motorisations électrifiées.

Freins à la transition électrique : incertitudes et infrastructures

UNRAE met l’accent sur deux obstacles principaux à la transition énergétique du parc utilitaire : la lenteur de la mise en œuvre des incitations annoncées et l’insuffisance des infrastructures de recharge dédiées aux véhicules utilitaires. Le plan d’aides promis par le ministère, qui prévoit 40 millions d’euros par an de 2026 à 2029, n’est pas encore opérationnel. Cette attente produit un effet psychologique et pratique sur les décisions d’achat : pourquoi investir aujourd’hui quand des aides substantielles pourraient faciliter l’acquisition demain ?

Parmi les demandes des professionnels figurent également des mesures ciblées : développement d’un réseau de recharge rapide dédié aux utilitaires, crédit d’impôt pour les installations de charge supérieures à 70 kW et des interventions pour réduire le coût de la recharge. Sans ces leviers, la pénétration réelle des BEV restera limitée, en dépit des progrès technologiques et d’une offre modelée pour les besoins pro.

Réglementation CO2 : une ombre sur les décisions d’achat

Une autre source d’incertitude est la révision du règlement européen sur les cibles CO2, dont l’issue devrait se clarifier au début de 2027. Les entreprises attendent de connaître le cadre réglementaire définitif pour planifier leurs renouvellements de flotte. Cette attente freine les commandes et contribue à la stagnation, voire au recul, des immatriculations.

Ce que cela signifie pour les professionnels et les collectivités

Pour les acteurs locaux — artisans, petites flottes, collectivités — la conjoncture demande vigilance et adaptation. Quelques pistes pratiques :

  • Évaluer précisément le retour sur investissement des solutions électrifiées en prenant en compte aides potentielles, coût total de possession et contraintes d’exploitation (autonomie, temps de recharge).
  • Considérer la location courte durée ou des offres flexibles pour faire face à des besoins ponctuels sans immobiliser de capitaux.
  • Anticiper la montée des carburants alternatifs et la nécessité d’infrastructures : prévoir un budget et un plan pour l’installation de bornes adaptées si le parc se convertit progressivement.
  • Surveiller l’évolution réglementaire à Bruxelles pour aligner les stratégies d’achat sur les obligations à venir.
  • En Occitanie comme ailleurs, les professionnels du transport et les PME doivent désormais conjuguer prudence financière et anticipation stratégique pour naviguer dans un marché en mutation, où la décision d’achat dépend plus que jamais de paramètres économiques, réglementaires et d’infrastructures.