Stellantis vient d’annoncer un coup majeur pour l’industrie automobile française : plus d’un milliard d’euros d’investissement sur le site de Mulhouse, qui doit se préparer à produire d’ici 2029 des générations de véhicules électriques. Installé ici en Alsace depuis des décennies, l’usine de Mulhouse change d’échelle et se positionne au cœur de la stratégie FaSTLAne 2030 du groupe. En tant que rédacteur vivant et roulant en Occitanie, je prends le pouls de cette décision et j’en décrypte les aspects techniques, industriels et locaux.
Pourquoi Mulhouse ? Un site stratégique
Mulhouse n’est pas choisi au hasard. Historiquement, l’usine a été un pilier pour la production de modèles Peugeot et DS, et elle dispose d’une chaîne industrielle déjà rodée. Aujourd’hui, Stellantis souhaite concentrer ses capacités sur des sites pérennes et modernisables. Dans un contexte où le groupe réduit certaines capacités européennes (pas moins de 800 000 unités en moins prévues à l’horizon), Mulhouse apparaît comme l’un des nœuds restant, apte à recevoir les nouvelles architectures techniques et à s’adapter à la production multi‑énergie.
Ce que l’investissement financera
Le projet annoncé englobe plusieurs volets techniques et logistiques :
Ces transformations nécessitent non seulement des investissements en outillages mais aussi en formation des opérateurs et en interfaces numériques pour gérer des flux plus complexes — batteries, électronique de puissance, cellules de contrôle qualité spécifiques aux EV.
La plateforme STLA One : motorisation et modularité
Au cœur du plan FaSTLAne, la plateforme STLA One est conçue pour accueillir plus de 30 modèles des segments B, C et D. Il s’agit d’une architecture multi‑énergie pensée pour la modularité : véhicules 100% électriques mais aussi versions hybrides et thermiques adaptées. Pour Mulhouse, cela signifie polyvalence à l’échelle industrielle : la même ligne devra pouvoir assembler différents types de groupes motopropulseurs, nécessitant des stations d’assemblage flexibles et une logistique de composants multi‑flux.
Conséquences pour l’emploi et les compétences
Côté humain, ce plan implique une montée en compétence du personnel. La production de véhicules électriques requiert des savoir‑faire spécifiques : manipulation de batteries haute tension, procédures de sécurité, tests électroniques et calibration de moteurs électriques. Stellantis devra donc lancer des programmes massifs de formation et de reconversion pour les opérateurs. Du point de vue local, l’annonce est un signal positif : Mulhouse est placée comme site d’avenir alors que d’autres usines, comme Poissy, devraient fermer ou réduire leur activité.
Écosystème local et infrastructure de recharge
Le président Macron a profité de l’annonce pour rappeler l’importance d’un déploiement massif d’infrastructures de recharge : objectif 400 000 points publics d’ici 2030 et 60 000 bornes rapides/ultra‑rapides. Pour qu’une usine produise des véhicules électriques à grande échelle, il faut un écosystème qui facilite l’adoption — réseaux de recharge, approvisionnement électrique, stockage d’énergie et partenariats locaux. Les investissements prévus par des acteurs publics et privés (banques, groupes de distribution, opérateurs énergétiques) vont dans ce sens et sont essentiels pour que l’offre industrielle rencontre une demande soutenable.
Partenariats internationaux et production locale
Stellantis ne ferme pas la porte aux coopérations internationales : la joint‑venture évoquée avec Dongfeng (et potentiellement des productions pour Voyah) illustre une stratégie hybride. Produire en Europe des modèles premium conçus avec des partenaires asiatiques permet d’éviter les surtaxes et d’assurer un approvisionnement local pour le marché européen. C’est aussi un pari industriel : préserver la chaîne d’approvisionnement tout en maintenant des marges face à la concurrence chinoise.
Enjeux techniques et défis
Sur ces points, la réussite de Mulhouse dépendra de la coordination entre acteurs industriels, fournisseurs et pouvoirs publics pour créer un véritable hub industriel électrique capable de rivaliser en efficacité et en coûts.
Impact pour les conducteurs et le marché
Pour nous, conducteurs d’Occitanie et d’ailleurs, cela signifie une offre plus riche de modèles électriques produits localement, potentiellement mieux adaptés aux normes européennes. Les investissements et la montée en gamme industrielle peuvent aussi favoriser une baisse progressive des prix si la production s’optimise. Mais l’autre face de la médaille reste la transition : il faudra patience et investissements publics pour que le réseau de recharge suive et que les consommateurs acceptent le changement d’usage.
Mulhouse en 2029 doit devenir une pièce maîtresse du puzzle industriel Stellantis. Le pari est ambitieux : transformer une usine historique en un centre de production EV moderne nécessite capitaux, compétences et une stratégie d’écosystème. Suivre cette transformation sera clé pour comprendre comment la France et l’Europe se repositionnent dans la filière automobile électrique.

