La Chine, souvent perçue comme le laboratoire mondial des technologies embarquées et de l’électromobilité, pourrait bien inverser la tendance du tout‑écran dans les habitacles. Le ministère de l’Industrie et de la Technologie de l’Information a mis en consultation une proposition réglementaire visant à réintroduire des commandes physiques pour les fonctions essentielles, et à durcir les exigences de sécurité pour les systèmes de conduite automatisée de niveau 3 et 4. En tant que journaliste automobiliste établi en Occitanie, j’examine ici les conséquences pratiques et techniques d’un tel virage pour les constructeurs, les conducteurs et le design automobile.

Quelles fonctions doivent redevenir physiques ?

Le projet impose la présence de commandes réelles — boutons ou interrupteurs — pour des fonctions jugées critiques : clignotants, feux de détresse, sélection de la marche (P/R/N/D) et appel d’urgence. Chaque commande devra présenter une surface minimale de 10 x 10 mm, suffisante pour une activation tactile sans quitter la route des yeux. Concrètement, cela signifie la fin — ou du moins un sérieux coup d’arrêt — des planches de bord ultra‑minimalistes où tout se fait via menus tactiles et sous‑menus.

Pourquoi cette mesure maintenant ?

La motivation officielle est la sécurité routière : réduire les distractions du conducteur et garantir des interactions rapides et intuitives en situation critique. Les autorités chinoises veulent limiter les manipulations complexes qui obligent le regard à quitter la route. Parallèlement, ce texte s’inscrit dans une volonté plus large d’encadrer l’innovation technologique — notamment la conduite automatisée — par des exigences de sûreté comparables à celles d’un conducteur humain vigilant.

Impact sur le design intérieur et les industriels

Les constructeurs occidentaux et chinois avaient progressivement adopté le minimalisme signé Tesla : grand écran central, suppression des boutons au profit d’interfaces logicielles. Si la réglementation chinoise devient effectif, les designers devront concilier deux impératifs apparemment antagonistes :

  • Maintenir une esthétique moderne et épurée, recherchée par une large clientèle.
  • Intégrer des commandes physiques ergonomiques, bien placées, sans alourdir l’habitacle.
  • Pour les marques chinoises comme BYD ou les nouveaux entrants issus de l’électronique (Xiaomi, etc.), l’onde de choc sera double : adapter les interfaces matérielles et revoir la logique UX des menus pour ne pas renvoyer tout au tactile.

    Conséquences sur la conduite automatisée (Niveaux 3 et 4)

    La proposition réglementaire va au‑delà des boutons : elle impose que les systèmes de conduite automatisée démontrent une sécurité au moins équivalente à celle d’un conducteur humain. Les constructeurs devront fournir des preuves techniques détaillées, couvrant des scénarios quotidiens et des situations à haut risque. Parmi les obligations pressenties :

  • Documentation exhaustive des algorithmes, des capteurs et des stratégies de fallback (retombée sécurisée).
  • Capacité du véhicule à entrer en « condition de risque minimum » : s’il y a défaillance ou non‑réponse du conducteur, le véhicule doit pouvoir s’immobiliser en sécurité.
  • Encadrement de l’assistance à distance pour véhicules totalement automatisés (robotaxis), avec règles strictes sur les responsabilités et les latences de contrôle.
  • Les arguments pour et contre

    Les partisans de la réintroduction des commandes physiques avancent des arguments solides :

  • Réduction des distractions visuelles et motrices.
  • Réponse plus rapide en situation d’urgence, sans dépendre d’un menu tactile ou d’un retour haptique incertain.
  • Les opposants, dont certains designers et ingénieurs UX, soulignent :

  • Une possible régression esthétique et ergonomique si la mesure est appliquée sans finesse.
  • Le risque de compliquer l’interface pour des fonctions non critiques si la règle est trop généralisée.
  • Que cela signifie pour le marché européen et les constructeurs globaux ?

    La Chine est si vaste et influente que ses choix normatifs pèsent sur l’ensemble de la filière automobile. Plusieurs scénarios sont plausibles :

  • Harmonisation progressive : des constructeurs adapteront des versions spécifiques pour le marché chinois tout en maintenant des intérieurs plus minimalistes ailleurs.
  • Effet d’entraînement : si la mesure s’avère efficace en termes de sécurité, d’autres pays pourront s’en inspirer, poussant à une refonte des ergonomies globales.
  • Augmentation des coûts de développement : multiplicité des versions logicielles et matérielles à valider pour plusieurs marchés.
  • Aspects pratiques pour le conducteur

    Pour nous conducteurs, cette évolution peut apporter un bénéfice tangible : une interaction plus intuitive avec les commandes essentielles, moins de sources d’erreur et une meilleure réactivité en situation critique. En revanche, attention aux dispositifs mal positionnés ou concevables comme accessoires : un bouton mal calibré est pire qu’un menu clair. L’ergonomie reste la clé — boutons, interrupteurs et points d’accès doivent être conçus pour être trouvés au toucher et activés sans gestes compliqués.

    Points à surveiller

  • La version finale du texte après la consultation publique (date butoir indiquée : 13 avril).
  • Les réactions des grands constructeurs — notamment ceux qui ont bâti leur image sur des intérieurs très numériques.
  • Les premières homologations des voitures à L3/L4 en Chine : les dossiers techniques soumis au régulateur donneront le ton.
  • Ce possible retour aux commandes physiques révèle une tension essentielle du XXIe siècle automobile : comment concilier connectivité, minimalisme et sécurité ? La Chine, en voulant imposer un garde‑fou, force l’industrie à repenser l’ergonomie des cockpits pour placer la sécurité au cœur du design. Pour nous amateurs d’automobile — qu’on soit en Occitanie ou ailleurs — la bonne nouvelle est qu’un meilleur accès aux fonctions critiques peut vraiment améliorer la conduite au quotidien, à condition que les ingénieurs conservent l’intelligence du geste et de la position.