La proposition de faire payer un pass annuel de 1 000 € aux véhicules électriques non‑résidents pour accéder à la ZTL (zone à trafic limité) du centre historique de Rome a provoqué une vive réaction : associations de consommateurs en alerte, débats internes à la majorité municipale et une ouverture du Campidoglio à revoir le texte avant l’approbation finale. En tant que conducteur occitan et observateur des politiques de mobilité urbaine, j’analyse ici les enjeux réels de cette mesure, ses implications pour la transition écologique et ses conséquences pratiques pour les usagers.

Quelle est la mesure envisagée ?

L’initiative portée par l’assesseur à la Mobilité de Rome prévoit d’étendre une obligation de paiement aux véhicules électriques appartenant à des personnes non résidentes de la ZTL du centre historique : un permis annuel fixé à 1 000 €. Jusqu’à présent, ces véhicules jouissaient généralement d’exemptions. La logique affichée par l’administration est de réduire la congestion et de mieux réguler l’accès au centre-ville.

Pourquoi cette mesure suscite‑t‑elle des critiques ?

Plusieurs motifs d’opposition émergent, portés notamment par Adiconsum :

  • Impact sur la transition écologique : taxer fortement les VE (véhicules électriques) pourrait décourager les nouveaux achats et freiner l’adoption d’une mobilité propre, alors même que les aides nationales se réduisent.
  • Proportionnalité : à Rome, les VE constitueraient environ 1,5 % du parc (≈70 000 véhicules). Leur incidence sur la congestion du centre paraît marginale par rapport aux véhicules thermiques et aux livraisons.
  • Équité : imposer un tarif uniforme de 1 000 € sans tenir compte de l’usage, de la fréquence d’accès ni des caractéristiques du véhicule (taille, poids) paraît injuste pour des usagers qui ont déjà investi pour réduire leurs émissions.
  • La position du Campidoglio : ouverture au dialogue

    Du côté de la municipalité, le discours est plus nuancé. Le président de la commission Mobilité a rappelé que la directive est un acte d’orientation et non une décision finale : la giunta doit encore l’entériner et des modifications peuvent être apportées. Le message est clair — l’exécutif veut limiter la circulation, mais accepte de discuter des modalités et des correctifs en concertation avec les catégories concernées.

    Scénarios alternatifs et pistes d’amélioration

    Si l’objectif de réduction du trafic est légitime, il existe des solutions plus fines que le « forfait unique » :

  • Tarification progressive : un pass modulé selon la fréquence d’accès (tarifs à la journée, à la semaine, forfaits multi‑entrées) limiterait l’impact sur les résidents périurbains ou visiteurs occasionnels.
  • Barémisation selon la taille/poids : des véhicules compacts pourraient payer moins qu’un SUV électrique, cohérent avec l’empreinte réelle sur l’espace urbain.
  • Crédits temporaires pour les nouveaux acheteurs : offrir des réductions temporaires encouragerait l’achat de VE sans pénaliser les débuts de la transition.
  • Alternatives à la tarification : renforcement des zones piétonnes, développement des navettes électriques, bonus pour parkings relais et intermodalité.
  • Conséquences pratiques pour les conducteurs

    Un pass à 1 000 € par an change la donne pour ceux qui utilisaient le centre de Rome pour des motifs professionnels ou familiaux. Pour un automobiliste de province qui vient quelques fois par mois, la mesure pourrait rendre l’accès prohibitivement cher. Ceci pourrait pousser :

  • À un report vers des parkings périphériques, augmentant la pression sur les zones de stationnement et les transports en commun.
  • Au développement d’une économie grise autour des entrées : multiplications de comptes partagés ou d’astuces administratives pour contourner le règlement.
  • Angle économique et social

    Taxer les VE de façon importante dans une ville touristique et commerciale comme Rome aura aussi un impact économique non négligeable : commerces du centre, prestataires et usagers qui ont choisi l’électrique pour réduire leurs coûts d’usage risquent d’être pénalisés. De plus, la mesure est socialement sensible : elle pourrait être vécue comme une double peine pour les ménages ayant investi dans un véhicule propre en réponse aux politiques climatiques.

    Points de vigilance pour l’Occitanie et les autres collectivités

    La discussion romaine doit servir d’alerte utile : les mairies et métropoles françaises qui envisagent des régulations similaires gagneraient à :

  • Privilégier la concertation avec associations et usagers avant d’imposer des tarifs.
  • Évaluer scientifiquement l’impact réel des VE sur la congestion en isolant les autres facteurs (livraisons, taxis, véhicules résidents).
  • Élaborer des politiques incitatives parallèlement aux mesures restrictives pour conjuguer qualité de l’air et acceptabilité sociale.
  • Que surveiller dans les semaines à venir ?

    La décision finale du Campidoglio et les amendements éventuels seront déterminants. Trois éléments à observer :

  • Les ajustements tarifaires proposés (baisse du montant, tarification progressive, exonérations temporaires).
  • La façon dont la municipalité accompagnera la mise en œuvre (communication, systèmes de contrôle, modalités d’achat du pass).
  • Les réactions des professionnels (taxi, VTC, livraisons) et de l’économie locale : seront‑ils concernés ou exonérés ?
  • Sur nos routes d’Occitanie, cette histoire nous rappelle que la transition doit être à la fois ambitieuse et juste. La fiscalité urbaine peut aider à réduire les nuisances, mais mal calibrée elle freine l’innovation et pénalise ceux qui font l’effort d’adopter une mobilité plus propre. Rome a choisi d’ouvrir le débat : espérons que la concertation permettra d’arriver à une solution équilibrée, pragmatique et incitative.