Depuis les rumeurs qui circulent, la question revient souvent autour d’un café : Porsche aurait-il réellement enterré les 718 électriques (Boxster et Cayman) avant même leur arrivée ? Ayant arpenté les routes d’Occitanie au volant de sportives thermiques et électriques, je prends ici le temps de démonter les éléments publics et les implications réelles d’un tel scénario. L’affaire n’est pas si simple : entre coûts de R&D, image de marque, et contraintes réglementaires, plusieurs logiques se superposent.

Ce que disent les rumeurs — et la réponse officielle

Les bruits de couloir évoquent un examen par le nouveau CEO de Porsche, Michael Leiters, de l’opportunité d’arrêter le projet de 718 électriques en raison de coûts jugés excessifs et de retards. Porsche Italie qualifie ces informations de « spéculations » : pas de confirmation officielle. En clair : la rumeur existe, mais la maison mère n’a pas déclaré abandonner un programme pourtant bien avancé en essais et prototypes.

Historique et état d’avancement du projet

On parle de 718 électriques depuis plusieurs années, au moins depuis la présentation du concept Mission R en 2021 — un laboratoire d’idées montrant qu’une petite sportive à batteries était techniquement envisageable pour Porsche. Des mulettes électriques ont été repérées en essais, et la disparition progressive des versions thermiques des listes d’attente montrait une intention claire d’électrification. Le calendrier a été repoussé (prévu initialement pour 2025, déplacé à 2026), mais des prototypes existent bel et bien.

Pourquoi Porsche envisagerait de mettre un terme au projet ?

  • Coûts de développement : développer une plate-forme électrique performante pour une sportive demande des investissements lourds (battery pack haute performance, architecture 900 V, châssis adapté, refroidissement sophistiqué). Ces coûts pèsent sur la rentabilité surtout pour des volumes potentiellement limités.
  • Retards et complexité : intégration des technologies, validation des performances et sécurité, respect des cycles de tests — tout cela allonge les délais et renchérit la facture.
  • Prix de vente & positionnement : une 718 électrique hautes performances verrait son tarif augmenter ; Porsche doit s’assurer que la clientèle heritage acceptera le prix et l’expérience différente (poids batterie, son, sensations).
  • Pourquoi l’abandon pur et simple serait étonnant

    Canceller un programme déjà à un stade de prototypes serait coûteux à court terme : R&D engagée, outillage, validations et communication. Au-delà de la dépense immédiate, il y a l’image de marque et la stratégie industrielle :

  • Porsche a déjà réalisé une transition partielle vers l’électrique : en 2025, 27% des immatriculations de la marque provenaient de modèles à batterie — le constructeur a donc intérêt à continuer d’investir dans l’électrification.
  • Arrêter la 718 EV envoie un signal négatif face à la concurrence qui multiplie les sportives électriques ; cela pourrait pénaliser la marque sur le long terme.
  • Les connaissances acquises (batteries, logiciels, architecture) sont transférables sur d’autres projets — une perte sèche si tout est abandonné.
  • Scénarios alternatifs plausibles

    Plutôt que d’enterrement, plusieurs voies semblent plus raisonnables :

  • Report ou redimensionnement du projet : adapter les objectifs de performances et la capacité des batteries pour maîtriser les coûts.
  • Double voie (thermique + électrique) : proposer des 718 en versions thermiques « haut de gamme » et électriques en entrée ou milieu de gamme, permettant de contenter la clientèle traditionnelle tout en proposant une offre zéro émission.
  • Hybridation (plug‑in) comme plan B : conserver un moteur thermique compact couplé à une batterie rechargeable pour offrir autonomie étendue et réduire l’empreinte CO2, tout en limitant le surcoût batterie.
  • Conséquences pour les passionnés et le marché

    Si Porsche décidait d’abandonner la 718 électrique, plusieurs conséquences s’ensuivraient :

  • Pour les puristes, ce serait un soulagement — la sonorité, le poids et la réactivité d’une 718 thermique resteront irremplaçables.
  • Pour la stratégie industrielle, ce serait une erreur potentielle : difficultés à rattraper la concurrence sur des segments électriques en forte progression.
  • Pour le marché, un report pourrait signifier moins d’offres sportives électriques attractives à court terme, ralentissant l’adoption de ces autos par un certain public.
  • Que penser techniquement d’une 718 électrique ?

    Sur le plan performance, une 718 électrique pourrait rivaliser en accélération et stabilité, surtout grâce à la répartition instantanée du couple et au couple vectoriel possible. En revanche, la masse des batteries change profondément la dynamique : il faut repenser châssis, suspensions, répartition des masses et refroidissement pour préserver l’agilité légendaire de la 718. C’est l’un des défis majeurs, et l’une des raisons pour lesquelles Porsche doit investir sérieusement pour que le résultat reste fidèle à l’ADN du modèle.

    Mon point de vue d’Occitanie

    Dans nos vallées sinueuses et sur les routes littorales d’Occitanie, la sportive idéale combine agilité, réponse moteur franche et plaisir sensoriel. Une 718 électrique bien conçue pourrait offrir un nouveau type de plaisir — puissant, instantané et précis — mais la transition doit préserver la vivacité et l’émotion. Porsche est suffisamment exigeant pour ne pas livrer une sportive qui trahirait l’héritage des Cayman/Boxster. D’où la prudence, et peut‑être la raison des rumeurs : mieux vaut retarder que trahir.

    En attendant des annonces officielles, la prudence s’impose : les spéculations fleurissent, mais la réalité industrielle est plus complexe. Porsche a les moyens techniques et financiers de mener la transition, mais elle doit le faire sans compromettre l’âme de la 718. Reste à voir la décision stratégique — et à nous, amateurs, d’attendre un produit final qui ait du sens sur la route.