Une Lamborghini Huracán STO transformée en monstre de plus de 2 000 ch : le projet mené par Underground Racing pour le compte d’un entrepreneur géorgien soulève autant d’admiration que d’interrogations. Ici, on n’est plus dans la simple préparation esthétique ou légère optimisation moteur : il s’agit d’une reconstruction profonde du V10 d’origine et d’une refonte des organes de transmission, de gestion électronique et de sécurité pour rendre exploitable une puissance littéralement hors normes sur la route.
La base mécanique : le V10 5,2 l retravaillé en profondeur
Le point de départ est le V10 atmosphérique de 5,2 litres de la Huracán STO – configuré en usine pour 640 ch environ. Underground Racing n’a pas cherché à bricoler : le bloc a été reconstruit avec des composants sur mesure. Têtes de cylindres usinées CNC, pistons et bielles spécifiquement dimensionnés pour encaisser des contraintes thermiques et mécaniques très supérieures, voilà le socle d’une fiabilité indispensable quand on pousse la mécanique au-delà de ses limites initiales.
Le travail sur l’admission et l’échappement est essentiel : une nouvelle stratégie d’aspiration et un système d’échappement en titane allègent le train thermique et permettent une meilleure évacuation des gaz. Ces éléments contribuent non seulement à la puissance, mais aussi à la tenue en régime élevé et au refroidissement global du moteur.
Flex fuel : l’astuce pour dépasser la barre des 2 000 ch
La solution technique majeure pour atteindre des chiffres aussi extrêmes est l’adoption d’un fonctionnement flex fuel. Avec de l’essence 93 octanes, la préparation délivue déjà environ 1 200 ch — un bond énorme par rapport à l’origine. Mais c’est l’utilisation d’éthanol E85, grâce à son indice d’octane élevé, qui permet d’exploiter des avances à l’allumage plus agressives et des rapports de compression effectifs plus élevés, faisant grimper la puissance au‑delà des 2 000 ch.
Il faut souligner que ce choix impose des adaptations matérielles et électroniques massives : composants résistant à l’alcool, gestion carburant spécifique, et surtout une calibration moteur capable de jongler entre deux carburants aux comportements très différents.
Electronique et gestion : la centraline JRR M182
Pour orchestrer cette mécanique extrême, la centrale électronique JRR M182 prend en charge la gestion complète. Une ECU de ce type n’est pas un simple boîtier plug‑and‑play : elle permet d’ajuster cartographies, injections, allumage, limites de régime, enrichissements et stratégies de sécurité en temps réel. C’est elle qui rend possible la double cartographie essence/éthanol et qui protège le moteur en cas de températures, pressions ou conditions anormales.
Transmission et traction : transférer la puissance au sol
La puissance ne sert à rien si elle ne parvient pas au bitume. Underground Racing a renforcé la transmission intégrale typique de la Huracán avec une frizione renforcée capable de supporter des couples monstrueux et un système de gestion d’adhérence revisité. Les challenges ici sont multiples :
Ces interventions cherchent un compromis entre exploitation des performances et conservations d’un comportement routier acceptable.
Sécurité : des choix inspirés de la compétition
Lorsque l’on parle de plus de 2 000 ch, la sécurité devient une obsession. Le projet intègre des éléments issus du monde de la piste : arceau sur mesure (roll bar), harnais racing, système d’extinction incendie dédié et — fait rarissime sur route — un parachute d’arrêt. Ce dernier, typique des projets drag et des véhicules de compétition à très haute vitesse, illustre la prise de conscience des préparateurs : il faut pouvoir arrêter la voiture en toute sécurité si les systèmes conventionnels ne suffisent plus.
Ces dispositifs, plus ou moins homologables selon les juridictions, visent à minimiser les risques en usage extrême, mais posent aussi la question de la conformité à une circulation routière normale.
Comportement d’utilisation : performance vs utilisabilité
Les préparateurs affirment avoir voulu conserver une utilisation quotidienne possible. Dans les faits, c’est un équilibre délicat : même en optimisant refroidissement, gestion et embrayage, une voiture de plus de 1 200 ch — et a fortiori de 2 000 ch — réclame une conduite mesurée pour préserver la mécanique et la sécurité. Les intervalles d’entretien doivent être drastiques, les coûts explosifs et l’assurance problématique. Pourtant, Underground Racing a tenté de garder les lignes extérieures quasiment d’origine, limitant les modifications esthétiques pour préserver l’identité de la STO.
Réactions de la communauté et enjeux légaux
La réaction du public est partagée. Côté passionnés et aficionados de préparation extrême, le projet est une prouesse d’ingénierie ; côté praticiens et autorités, il soulève des soucis réels : homologation sur route, couverture d’assurance, et responsabilité en cas d’incident. Rouler sur route ouverte avec une telle puissance pose des risques évidents pour l’utilisateur et les autres usagers. Les préparateurs mettent en avant la qualité des matériaux, la gestion thermique avancée et une mise au point rigoureuse pour plaider en faveur d’une « utilisabilité » réelle.
Enjeux techniques et enseignements pour les préparateurs
Plusieurs enseignements ressortent de ce type de projet :
Ce projet pousse les limites de l’ingénierie automobile et soulève des questions éthiques et pratiques sur la place de la préparation extrême sur la voie publique. Techniquement fascinant, il invite néanmoins à une réflexion sur la responsabilité, la réglementation et la sécurité avant d’envisager d’aligner ce genre de bolide sur nos routes locales.

