LaFerrari Proto F150 P2 : quand un mulet de développement devient un trésor d’enchères
Les enchères ont toujours un goût particulier quand elles mettent aux prises des pièces uniques nées dans les ateliers des grandes maisons. Le Proto F150 P2, ce prototype lié au développement de la LaFerrari, est aujourd’hui sous les projecteurs chez RM Sotheby’s : offres au-delà des 2 millions de dollars et estimations qui pourraient grimper vers les 3 millions. Mais ce n’est pas qu’une question de prix — c’est surtout la nature même de cet objet qui fascine les collectionneurs et les ingénieurs.
Qu’est-ce qu’un Proto F150 P2 ? Le laboratoire roulant de Maranello
Le Proto F150 P2 n’est pas une LaFerrari de série déguisée, mais un véhicule de développement. Dans la phase de maturation d’un projet hypercar, Ferrari utilise souvent des mulets — châssis et carrosseries préexistants (souvent issus de la 458 ou d’autres plateformes) — pour valider des concepts moteurs, électroniques et châssis en conditions réelles. Ces véhicules expérimentaux peuvent intégrer des composants, des architectures électriques ou des calibrages mécaniques qui ne verront jamais le jour en production.
Ce statut explique en grande partie la valeur historique et technique du P2 : il contient des données d’ingénierie, des essais et des adaptations réalisées pendant la gestation de l’architecture hybride complexe de la LaFerrari. Pour un collectionneur, acquérir un tel exemplaire, c’est entrer en possession d’une page intime du processus créatif de Maranello.
Techniquement étonnant, historiquement précieux
La LaFerrari définit la référence d’une hypercar hybride : V12 atmosphérique 6,3 litres accouplé à une motorisation électrique, une puissance totale avoisinant les 949 ch et des performances extrêmes. Mais le Proto F150 P2, dans sa vocation de mule, répondait à d’autres objectifs : validation des interfaces moteur-électronique, compréhension des contraintes thermiques, tests de comportement châssis sous différentes cartographies. Autant d’éléments qui transforment le prototype en véritable laboratoire sur roues.
Autre point capital : les mulets peuvent porter des dispositions mécaniques ou électroniques différentes de la version finale, parfois plus brutales, parfois orientées vers la collecte de données plutôt que la performance directe. Ce sont ces différences — cette lecture « en clair » du processus d’innovation — qui rendent le P2 si attirant.
Valeur et marché : pourquoi les enchères montent si vite
Le marché des voitures de collection a bien intégré la notion de « provenance » : documentation complète, historique certifié, notes d’essai et traces de l’utilisation en développement sont des actifs incorporels qui conditionnent fortement la valeur. Les précédents sont parlants : en 2017 un prototype LaFerrari de 2013 a atteint plus de 2,1 millions d’euros ; en 2025, le « F150 Muletto M4 » s’est vendu 1,2 million de dollars. Ces opérations montrent que les mulets Ferrari, quand leur historique est prouvé, se négocient à des niveaux très élevés.
Pour le Proto F150 P2, les critères qui alimentent l’intérêt sont triples :
Les risques et les raisons d’acheter
Acquérir un prototype ne s’apparente pas à l’achat d’une voiture de série. Il y a des particularités à connaître :
En face, les motivations d’un acquéreur sont puissantes : posséder un élément du processus créatif d’une hypercar mythique, la possibilité d’exposer un exemplaire qui raconte une histoire technique et la certitude d’un actif culturel recherché par une communauté mondiale.
Ce que cela nous dit sur la place des prototypes dans le patrimoine automobile
Les mulets et prototypes, longtemps confinés aux ateliers, prennent aujourd’hui une place centrale dans la collection automobile. Ils témoignent du travail d’ingénierie, des erreurs corrigées et des essais qui permettent aux icônes de voir le jour. Leur importance grandissante sur le marché signale aussi une prise de conscience : l’histoire technique vaut autant que l’esthétique ou la performance.
Perspective régionale : pourquoi nous devons nous y intéresser en Occitanie
Ici, en Occitanie, où la route et les paysages se prêtent aux essais et aux balades automobiles, l’engouement pour ce type d’objets finit par toucher les clubs et les centres d’exposition. Un prototype comme le Proto F150 P2 attire les regards des conservateurs, des musées privés et des amateurs éclairés. C’est un rappel : protéger et documenter l’histoire technique, c’est aussi préserver un patrimoine industriel pour les générations futures.

