Si l’on vous dit Aston Martin, vous pensez sans doute à une élégance britannique très assumée, à un moteur qui chante avec distinction, et à James Bond qui arrive toujours un peu trop bien habillé. Mais avant les DBS modernes, il y a eu une grande routière au style puissant et au charme tout en retenue : l’Aston Martin DBS de 1970. Une voiture fascinante, à la croisée de deux époques, qui mérite largement qu’on s’y attarde.
Dans cet article, on va revenir sur son histoire, ses caractéristiques techniques, son positionnement à l’époque, et bien sûr sur sa cote actuelle. Car entre passion, rareté et investissement, la DBS n’est pas seulement une belle ancienne : c’est aussi un objet de collection très sérieux.
Une Aston Martin à la fin des années 60 : le besoin de renouveau
Au milieu des années 60, Aston Martin est une marque prestigieuse, mais encore artisanale, avec des moyens limités. La DB6, superbe évolution de la DB5, commence à montrer ses limites face à une concurrence qui bouge vite. Il faut une voiture plus moderne, plus large, plus puissante, capable de faire entrer Aston Martin dans une nouvelle décennie sans renier son image.
C’est dans ce contexte que naît la DBS, présentée en 1967. Attention toutefois : à l’origine, elle n’est pas encore équipée du V8 qui fera la réputation des Aston de cette période. En 1970, la DBS existe donc en deux grandes variantes : la DBS six cylindres, qui demeure proche de l’univers DB classique, et la DBS V8, plus rare, plus moderne et bien plus musclée.
Et c’est bien cette période charnière qui rend la DBS de 1970 si intéressante. Elle symbolise le passage entre l’Aston Martin d’avant et celle qui va entrer dans les années 70 avec une ambition nouvelle.
Un style signé par la transition, entre élégance et puissance
La DBS de 1970 ne cherche pas à faire dans la délicatesse extrême. Son design est plus tendu, plus massif que celui de la DB6. Fini les lignes rondes et les courbes très fluides : ici, on sent déjà une volonté de modernité, avec un capot long, une ceinture de caisse haute et une silhouette plus imposante.
Elle conserve pourtant ce qui fait le charme d’Aston Martin : une présence aristocratique, une face avant expressive, et cette impression qu’elle a été dessinée pour traverser les décennies sans prendre une ride. Disons-le franchement : une DBS bien restaurée, même aujourd’hui, donne encore des leçons de style à beaucoup de voitures modernes.
Parmi les éléments les plus reconnaissables :
- une calandre plus large et plus basse que sur les DB précédentes ;
- des phares intégrés qui modernisent la face avant ;
- un profil imposant, presque statutaire ;
- une poupe sobre mais musclée, dans l’esprit des grandes GT britanniques.
Ce design a parfois divisé à sa sortie. Certains puristes regrettaient la finesse des DB5 et DB6. D’autres, au contraire, y voyaient une Aston plus mature, plus agressive, prête pour la route rapide plutôt que pour la simple promenade mondaine. Avec le recul, la DBS a clairement trouvé sa place.
Les caractéristiques mécaniques de la DBS 1970
La DBS de 1970 existe avec deux architectures mécaniques principales, et c’est important pour comprendre sa valeur et son caractère.
La version la plus classique reçoit le six cylindres en ligne 4,0 litres dérivé de la DB6. Ce moteur, connu pour sa souplesse et son élégance mécanique, développe environ 282 chevaux SAE selon les versions. Ce n’est pas une fusée, mais une véritable routière de grand tourisme, conçue pour rouler vite, longtemps, et avec classe.
La version la plus désirable est bien sûr la DBS V8, lancée à la fin des années 60 et encore très présente en 1970. Elle embarque le fameux V8 5,3 litres conçu par Tadek Marek, avec une puissance qui tourne autour de 320 chevaux au lancement, selon les marchés et les réglages.
Voici quelques points techniques marquants :
- Châssis : structure acier, pensée pour la rigidité et le confort ;
- Transmission : boîte manuelle 5 rapports ou automatique Borg-Warner selon les versions ;
- Freinage : quatre disques, ce qui est indispensable pour ce niveau de performances ;
- Suspension : indépendante à l’avant, avec un comportement orienté confort/tenue de route ;
- Vitesse de pointe : proche de 225 km/h pour les versions les plus musclées, ce qui était très sérieux à l’époque.
Sur la route, la DBS n’est pas une voiture de sport au sens brut du terme. Elle est plus lourde, plus posée, plus GT que pure machine à chrono. C’est justement son intérêt : elle avale les kilomètres avec un aplomb remarquable, tout en offrant cette ambiance très particulière des Aston anciennes, faite de cuir, de bois, de mécanique noble et de sensation feutrée.
À bord : luxe discret, ambiance britannique et vraie personnalité
Si vous montez à bord d’une DBS de 1970, vous quittez immédiatement le monde des voitures ordinaires. Tout respire le travail artisanal, la matière noble et une certaine forme de retenue chic. Pas d’écran, pas de gadgets : l’essentiel, et rien que l’essentiel.
Le tableau de bord est orienté vers le conducteur, avec une instrumentation classique et lisible. Le cuir est omniprésent, souvent accompagné de boiseries qui rappellent que l’on est dans une GT de prestige, pas dans une voiture de performance pure et dure.
L’ergonomie, en revanche, appartient à une autre époque. Les commandes peuvent sembler un peu éparpillées, la visibilité n’est pas toujours parfaite, et l’assise est pensée pour le confort plus que pour l’attaque. Mais faut-il vraiment reprocher à une Aston des années 70 de ne pas ressembler à une compacte moderne ? Certainement pas.
Ce qui frappe surtout, c’est la sensation de solidité et de raffinement. Une DBS bien conservée donne le sentiment d’être dans une voiture conçue pour les grands trajets, ceux où l’on prend le temps d’apprécier la route autant que la destination.
Quelle place dans l’histoire d’Aston Martin ?
La DBS occupe une position très particulière dans l’histoire de la marque. Elle est à la fois la fin d’un cycle et le début d’un autre. Elle clôt l’ère des six cylindres Aston de grande série et prépare l’avènement du V8, qui deviendra l’un des piliers de la marque pendant des décennies.
Pour beaucoup d’amateurs, elle est la dernière Aston Martin “classique” au sens noble du terme : lignes de grand tourisme, moteur noble, production limitée, fabrication artisanale. En même temps, elle annonce un futur plus musclé, plus affirmé, plus moderne.
La DBS a aussi une aura culturelle forte. Elle est devenue célèbre grâce à son apparition dans l’univers de James Bond, notamment dans Au service secret de Sa Majesté, même si le film met en avant une autre teinte d’Aston dans certaines scènes. Cette association a renforcé son image de voiture élégante, un peu mystérieuse, et franchement désirable.
Et soyons honnêtes : une Aston Martin qui a du charisme à l’écran, cela aide toujours à entrer dans la légende.
Fiabilité, entretien et points de vigilance
Posséder une DBS de 1970, c’est entrer dans l’univers des GT anciennes de prestige. Une belle aventure, mais qui demande méthode et budget. Comme souvent avec les voitures britanniques classiques, la qualité dépend énormément de l’historique, de la restauration et du suivi mécanique.
Les points à surveiller sont nombreux :
- la corrosion, surtout sur les parties structurelles et les bas de caisse ;
- l’état du moteur, qu’il soit six cylindres ou V8 ;
- la boîte de vitesses, dont le fonctionnement doit être précis et sans brutalité excessive ;
- le circuit électrique, souvent source de petits caprices sur les anciennes britanniques ;
- la suspension et les freins, qui doivent être parfaitement remis à niveau pour rouler sereinement.
Une DBS mal entretenue peut vite devenir un gouffre financier. En revanche, un exemplaire sain, suivi par des spécialistes et accompagné d’un dossier complet, reste une voiture beaucoup plus rassurante qu’on ne l’imagine. Le secret, comme toujours en collection, c’est de privilégier l’état et la traçabilité plutôt que le simple coup de cœur visuel.
Pour l’entretien courant, il faut être prêt à confier la voiture à un atelier connaissant bien les Aston classiques. Les pièces existent encore, mais certaines références sont coûteuses et les délais peuvent être longs. Rien d’anormal pour une voiture de ce niveau, mais il vaut mieux le savoir avant de signer.
La cote d’une Aston Martin DBS de 1970 en 2025
Parlons maintenant d’un sujet qui intéresse beaucoup les collectionneurs : la cote. La DBS de 1970 fait partie des Aston Martin anciennes très recherchées, mais sa valeur dépend énormément de la version, de l’authenticité, de l’état général et de l’historique.
De manière générale :
- une DBS six cylindres en état correct peut se négocier à partir d’environ 120 000 à 180 000 euros ;
- un bel exemplaire parfaitement restauré peut grimper autour de 200 000 euros ou davantage ;
- une DBS V8, plus rare et plus recherchée, dépasse souvent 250 000 euros ;
- les versions exceptionnelles, avec provenance remarquable ou restauration concours, peuvent aller bien au-delà.
Bien sûr, ces valeurs évoluent selon les marchés, les ventes aux enchères et la conjoncture. Mais une chose est sûre : la DBS reste une automobile patrimoniale. Elle ne se contente pas d’être belle, elle conserve aussi une vraie dimension de placement passion.
Pourquoi une telle cote ? Parce qu’il y a plusieurs facteurs réunis : production limitée, image de marque forte, design distinctif, mécanique noble et place importante dans l’histoire d’Aston Martin. Ajoutez à cela le charme presque irrésistible des GT britanniques, et vous obtenez une recette qui fonctionne toujours très bien sur le marché de la collection.
Faut-il craquer pour une DBS aujourd’hui ?
Si vous cherchez une voiture ancienne spectaculaire, facile à vivre et peu coûteuse à entretenir, la DBS n’est probablement pas la bonne candidate. En revanche, si vous voulez une Aston Martin avec une vraie histoire, une présence incroyable et une mécanique de caractère, elle a de solides arguments.
Elle plaît à ceux qui aiment les grandes GT plus qu’aux amateurs de performance brute. Elle séduit les collectionneurs qui recherchent une voiture emblématique sans tomber dans la surenchère des modèles les plus médiatisés. Et elle attire aussi ceux qui comprennent que le plaisir automobile, ce n’est pas seulement la puissance, mais aussi l’allure, le son et la sensation de rouler dans un objet à la fois rare et vivant.
En somme, la DBS de 1970 est une Aston pour connaisseurs, mais pas pour snobs. Elle impose du respect, sans jamais crier plus fort que nécessaire. Et c’est peut-être là sa plus belle qualité.
Si vous croisez un jour une DBS au détour d’une exposition ou d’une balade entre passionnés, prenez le temps de l’observer. Regardez la finesse des détails, la tension de la ligne, la noblesse de sa présence. Certaines voitures vieillissent. D’autres se bonifient. La DBS, elle, appartient clairement à la deuxième catégorie.


